Je ne sais quand viendra l’heure
Je ne sais quel sera le moment
Brutal ou insensible, maladie, accident
Hallali ou serein. Je ne veux de demeure :
Que le feu de Vulcain, passant sur mon cadavre
En fasse de l’engrais pour faire pousser les arbres.
Qu’à ceux que j’ai aimés, mon âme en douceur
Se glisse doucement dans leur esprit et cœur.
Qu’à ceux qui m’ont aimé soit rendu cet amour
Au centuple toujours, jusqu’à la fin des jours.
Ceux qui m’ont côtoyé, superbes, indifférents,
Que ne vienne troubler, ni questions ni tourments.
Mais que ne viennent point autour de ma dépouille
(Comme sur lambeau rouge, un amas de grenouilles)
S’agglutiner et marquer de quelconque tristesse
Ceux qui, ma vie durant, n’ont jamais eu de cesse
De cracher sur mes vues, mes idées, mes paroles,
De calomnier mes actes, pour eux des fariboles
Que ces pâles croupions qu’on dit hauts fonctionnaires
Restent bien clos chez eux avec leurs secrétaires
Que leurs frêles servants, les deux genoux à terre
Ne se relèvent pas tendant haut leur derrière
Que ceux qui n’ont jamais que le rare courage
De saluer bien bas ceux qui manient l’outrage
S’abstiennent de verser ne fût-ce qu’une larme
Car du fond de l’abîme, si je n’ai pas une arme,
Aujourd’hui et demain pour cent générations
Dusse mon serment me jeter dans les flammes
Je jure d’attirer sur eux malédiction
Pour le temps que l’on dit être le temps de l’âme
Maudits soyez au loin ! s’exhalant , mon esprit
Ne voyant pour un jour pas votre hypocrisie
Oubliera peut-être ce qui ne se pardonne
Et montant au-dessus de vos tristes personnes
Trouvera un chemin quelque peu détourné
Que la boue de vos actes n’aura pas maculé !