Le loup et le chien

21 juin 2020

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.

L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. « 
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?

- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. « 
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. « 
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

 

 

Chacun certes a le droit

De vivre l’esclavage

En se pliant aux lois

D’un maître d’équipage

Mais peut-on critiquer

Celui qui a opté

De n’être point impliqué

S’il assume sa vérité?

On pourrait extrapoler

A entretien d’embauche

L’un faisant miroiter

Les recettes de poche

En négligeant bien sûr

Les contraintes dures.

Chacun à la lecture

Se sent quelque peu loup

Mais choix de liberté

Coûte souvent beaucoup.

La génisse, la chèvre et la brebis en société avec le lion

20 juin 2020

La Génisse, la Chèvre et leur sœur la Brebis,
Avec un fier Lion, Seigneur du voisinage,
Firent société, dit-on, au temps jadis,
Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs (1) de la Chèvre un Cerf se trouva pris ;
Vers ses associés aussitôt elle envoie :
Eux venus, le Lion par ses ongles (2) compta,
Et dit : Nous sommes quatre à partager la proie ;
Puis en autant de parts le Cerf il dépeça ;
Prit pour lui la première en qualité de Sire :
Elle doit être à moi, dit-il, et la raison,
C’est que je m’appelle Lion :
À cela l’on n’a rien à dire.
La seconde par droit me doit échoir encor :
Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort.
Comme le plus vaillant je prétends la troisième.
Si quelqu’une de vous touche à la quatrième,
Je l’étranglerai tout d’abord.

 

C’est ainsi que se passent les choses

Dans la jungle de la finance

Voulant aller plus en avance

Ou tiraillés cherchant une pause

Des petits, croyant se sauver,

Se joignent à entité plus forte,

Trouvent société accorte…

En peu de temps, ils sont lavés

De l’essentiel de leur subsistance.

Croyaient en tous cas partager

Tant les gains que les redevances

Se trouvent vite saccagés

Et réduits à l’impuissance.

Leurs avoirs liquidés

Leurs outils dépecés.

Si la camarde…

19 juin 2020

Si la camarde un jour, demain,

Dans un mois, dans dix ans,

M’emmène sur son chemin,

Il te faudra, évidemment,

Régler le sort de mes lapins:

Comme tu ne voudras pas les manger,

Il te faudra les lâcher.

Ils sauront bien se débrouiller.

Pour les ânes, plus compliqué:

Trouve amateur intéressé.

Garde les poules: un peu de blé,

Tous les déchets à ne pas jeter

En œufs, elles continueront à transformer.

Jardins fleurs rosiers à ta guise

Cela n’a pas beaucoup d’importance

Evite que cela t’épuise

Laisse-les croître, faire bombance.

 

 

 

 

les deux mulets

19 juin 2020

Deux mulets cheminaient, l’un d’avoine chargé,
L’autre portant l’argent de la gabelle
Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d’un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette:
Quand, l’ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l’argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l’arrête.
Le mulet, en se défendant,
Se sent percé de coups; il gémit, il soupire.
Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis?
Ce mulet qui me suit du danger se retire;
Et moi j’y tombe et je péris!
– Ami, lui dit son camarade,
Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi:
Si tu n’avais servi qu’un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade.

 

 

Quand même que le fruit

D’un racket méprisable

Sur un tel produit

Pour vivre indispensable

Déclenche chez son porteur

Un orgueil ineffable

Intelligent facteur

C’est bien plus qu’improbable.

Que le poids limité

Des pièces et des écus

Puisse être à partager

 

C’est trop invraisemblable

Pour pouvoir être cru

Les deux pauvres esclaves

N’ayant leur mot à dire

Etrangers au conclave

Obéir doit suffire

Si l’un tire vanité

A l’autre sérénité!

 

 

Acrobate

19 juin 2020

C’est un petit lapin acrobate

Il s’était échappé de la cage

Il a trainé la savate

Dans tous recoins et davantage

J’avais bien caché des carottes

Tout au fond d’un piège trappe

Mais avait réussi, crotte!

A les manger vilain satrape.

Persuadé qu’il était perdu

A le saisir je ne pensais plus

Et voilà que tout à coup ce soir

J’entends du bruit dans le réservoir

Il avait grimpé dans le noir

Comment? Allez savoir!

Pour venir dévorer du blé

Aux poules réservé!

 

 

 

 

 

Le cerf se voyant dans l’eau…A la mode d’aujourd’hui

18 juin 2020
   Avez-vous vu ces belles cuisines?
Elles resplendissent, quelles trouvailles!
Mais dans les faits, je le devine,
Pas merveilleux, pour qui travaille…
Sont tellement sophistiquées,
Qu’il faut sortir de Polytechnique
Pour, des œufs au plat, préparer…
Du coup on préfère pique-nique!
Quand on veut faire cuire des pâtes
Les beaux musées, c’est merveilleux,
Pour aux voisins, faire de l’épate!
Moi je préfère le fourneau… vieux!
Pour mijoter la gibelotte.
Je laisse aux pauvres prétentieux
Leur vanité un peu sotte
———————————————————–
Le beau chauffeur de Ministre?
Belle livrée, belle cravate,
Entendant des bruits sinistres,
Sous le capot de sa charrette,
Se pencha tant que sa laisse
Fut prise dans le ventilateur.
Fut étranglé contre sa caisse.
Vive les costumes de rigueur!
Ces deux exemples me rappellent
Ce que le bon La Fontaine
Contait aux belles demoiselles
Le rappeler, la bonne aubaine!

LE CERF SE VOYANT DANS L’EAU

Dans le cristal d’une fontaine
Un Cerf se mirant autrefois
Louait la beauté de son bois,
Et ne pouvait qu’avecque peine
Souffrir ses jambes de fuseaux,
Dont il voyait l’objet se perdre dans les eaux.
Quelle proportion de mes pieds à ma tête !
Disait-il en voyant leur ombre avec douleur :
Des taillis les plus hauts mon front atteint le faîte ;
Mes pieds ne me font point d’honneur.
Tout en parlant de la sorte,
Un Limier (1) le fait partir ;
Il tâche à (2) se garantir ;
Dans les forêts il s’emporte (3).
Son bois, dommageable ornement,
L’arrêtant à chaque moment,
Nuit à l’office (4) que lui rendent
Ses pieds, de qui ses jours dépendent.
Il se dédit alors, et maudit les présents
Que le Ciel lui fait tous les ans (5).
Nous faisons cas du Beau, nous méprisons l’Utile ;
Et le Beau souvent nous détruit.
Ce Cerf blâme ses pieds qui le rendent agile ;
Il estime un bois qui lui nuit.

LE CERF MALADE

18 juin 2020

LE CERF MALADE

En pays pleins de Cerfs un Cerf tomba malade.
Incontinent maint camarade
Accourt à son grabat le voir, le secourir,
Le consoler du moins : multitude importune.
Eh ! Messieurs, laissez-moi mourir.
Permettez qu’en forme commune (1)
La Parque (2) m’expédie, et finissez vos pleurs.
Point du tout : les Consolateurs
De ce triste devoir tout au long s’acquittèrent ;
Quand il plut à Dieu s’en allèrent.
Ce ne fut pas sans boire un coup,
C’est-à-dire sans prendre un droit de pâturage.
Tout se mit à brouter les bois du voisinage.
La pitance du Cerf en déchut de beaucoup ;
Il ne trouva plus rien à frire.
D’un mal il tomba dans un pire,
Et se vit réduit à la fin
A jeûner et mourir de faim.
Il en coûte à qui vous réclame,
Médecins du corps et de l’âme.
O temps, ô moeurs (3) ! J’ai beau crier,
Tout le monde se fait payer.

Vous fûtes entendu, Monsieur De La Fontaine

Par le gouvernement que l’on dît provisoire

A la libération en octobre quarante cinq

Sécurité sociale pour pallier aux déveines

Aider à financer quand règne la misère noire

Les soins nécessaires afin qu’on se requinque.

Pour les  amis venus, sentant proches la camarde

Tenter au passage de saisir quelques brins,

Rien, bien sûr, n’a changé, car les requins ne tardent

Quand, la mort c’est sûr, ce sera  pour demain.

Une idée loufoque?

17 juin 2020

Elle a parlé d’une idée loufoque

La bavarde accréditée…

Combien ses remarques choquent!

Quand elle parle chacun se moque

Elle devrait le méditer.

Mais voilà elle a choisi

D’être la folle du prince,

Qui remue tout le moisi,

Ce qui fait que nez on pince.

Les masques étaient inutiles,

Trop difficiles à porter

Pour la populace vile,

Elle ne savait pas les enfiler…

Avec toutes les bêtises

Qu’elle a pu raconter

On ne peut, qu’on le dise,

Pour ce mot loufoque

Que l’appliquer à ses dires toc-toc!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’âne portant des reliques

17 juin 2020

L’ANE PORTANT DES RELIQUES

Un Baudet chargé de reliques (1)
S’imagina qu’on l’adorait.
Dans ce penser il se carrait, (2)
Recevant comme siens l’encens et les cantiques.
Quelqu’un vit l’erreur, et lui dit :
Maître Baudet, ôtez-vous de l’esprit
Une vanité si folle.
Ce n’est pas vous, c’est l’idole,
A qui cet honneur se rend,
Et que la gloire en est due. (3)

D’un magistrat ignorant
C’est la robe qu’on salue.

 

Il est dans ce monde, plein de gens comme lui

Qui se haussent le cou en fonction de leur rôle

Leur vanité, souvent, trompe, voire séduit.

Parfois même l’orgueil, les plus hauts sommets frôle

La place qu’ils occupent prouve leur valeur!

Toutes les courbettes leur sont les bienvenues…

Et le vent changeant, un jour, pour leur malheur,

Ils se retrouvent, pantois, à trainer dans la rue,

Reconnus par personne des anciens courtisans

Qui ne le révéraient qu’à travers son argent .

 

la belette entrée dans un grenier

17 juin 2020

Damoiselle (1) Belette, au corps long et floüet,
Entra dans un grenier par un trou fort étret : (2)
Elle sortait de maladie.
Là, vivant à discrétion, (3)
La Galande fit chère lie, (4)
Mangea, rongea : Dieu sait la vie,
Et le lard qui périt en cette occasion.
La voilà pour conclusion
Grasse, maflue (5),  et rebondie.
Au bout de la semaine, ayant dîné son soû,
Elle entend quelque bruit, veut sortir par le trou,
Ne peut plus repasser, et croit s’être méprise.
Après avoir fait quelques tours,
C’est, dit-elle, l’endroit, me voilà bien surprise ;
J’ai passé par ici depuis cinq ou six jours.
Un Rat, qui la voyait en peine
Lui dit : Vous aviez lors la panse un peu moins pleine.
Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir

Ce que je vous dis là, l’on le dit à bien d’autres.
Mais ne confondons point, par trop approfondir, (6 )
Leurs affaires avec les vôtres.

 

Ah! la belle leçon! Pour en tirer partie

Certains ont décidé, pour nos politiques

De faire l’inventaire à l’entrée en sortie

De leurs  biens affichés … très honnête pratique

Mais voyons, les gogos, ce n’est pas en fonction

Que des hauts personnages récoltent des pourboires

C’est subrepticement, par des parcours abscons

Que sortent bien plus tard, certaines caisses noires.

Ils sont partis, quelquefois oubliés, déjà…

Entrés à pantoufler dans une ou l’autre firme

Qu’ ils n’ont ménagé, non, jamais, ils l’affirment

Pendant leur noble charge au plus haut de l’Etat.

 

 

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