RADOTAGE
C’est au banquet du 11 NOVEMBRE que l’animateur de l’OFFICE DU TOURISME de CORRENCON a rencontré le MAIRE de la commune.Il avait bien choisi son moment : entre l’apéritif et le repas, c’est toujours à ce moment que les gens importants sont les plus accommodants…avant, ils disent toujours NON…pendant le repas, on leur parle de tant de choses qu’ils oublient tout ce qu’ils ont promis….
« MONSIEUR LE MAIRE, j’ai une idée à vous soumettre : voilà !…l’été, vous le savez, nous faisons des grillades à CHARMAYENNES, nous emportons tout le nécessaire, nous chargeons les touristes sur des chars, assis sur des bottes de foin, et nous les montons sur place avec des tracteurs…Là, nous chantons, nous dansons, nous avons des musiciens…mais si nous avions un conteur pour finir la soirée, cela nous arrangerait bien.
–Un compteur, cela ne doit pas être trop difficile à trouver…Je m’en occupe ! »…Et MONSIEUR LE MAIRE sort son calepin (comme tous les MAIRES, il a un costume pour chaque cérémonie…et un calepin dans chaque costume pour bien noter ce qu’il promet)…
Le banquet fut bon …On le dit même bien arrosé…En rentrant chez lui ,MONSIEUR LE MAIRE , bien fatigué d’avoir présidé se dévêtit, posa son complet sur une chaise…et son épouse attentionnée le rangea aussitôt dans l’armoire où il attendrait le prochain banquet d’anciens combattants.
Le 6 mai, MONSIEUR LE MAIRE ressortit son costume pour vérifier que les mites ne l’avaient pas troué afin de faire bonne figure au banquet du 8…et, machinalement, ouvrit son calepin… « Oh ! LA ! LA ! LE COMPTEUR ! je l’ai complètement oublié ! »
Aussitôt, il téléphone à son premier adjoint : « Ecoute ! J’ai oublié que l’animateur de l’OFFICE DU TOURISME voulait un compteur pour les grillades qu’il organise l’été pour les touristes…il m’a dit qu’ils faisaient de la musique et qu’ils voulaient un compteur.
–Pas de problème ! J’ai un beau-frère à l’EDF, je le contacte »
Et, le 7 mai, un camion, avec des fils et un compteur électrique arrivait à l’OFFICE DU TOURISME…. « Nous venons installer le compteur. »
La secrétaire était seule. Elle n’était pas au courant…D’ailleurs, il allait être l’heure du déjeuner…les gars de l’EDF ne sont pas contrariants : puisqu’elle ne savait pas, ils reviendraient un autre jour.
Le lendemain ,le MAIRE tout faraud , rencontre l’animateur :
« Vous êtes content, vous avez vu les électriciens !
–Pourquoi ? Il y avait un problème d’électricité à l’OFFICE ?
–Non ! pour votre compteur ! Vous avez pu mesurer notre efficacité !
–Un compteur ?….Ah : ! Je vois qu’il y a malentendu…–Il se tourne vers le second adjoint qui accompagnait le MAIRE—JE m’explique : l’été, nous faisons des grillades à CHARMAYENNES…Nous emmenons les touristes sur un char assis sur des bottes de paille, nous emportons tout le nécessaire : l’eau, le charbon de bois, la viande, là, nous chantons, nous dansons, nous jouons de la musique…mais nous aimerions un conteur .
« Je vois , dit le second adjoint, je m’en occupe.
Et le surlendemain, il téléphonait à la COMPAGNIE GENERALE DES EAUX….A la C.G.E., on est très organisé. On envoya un ingénieur étudier le projet…et le 26 juin, le troisième adjoint (comme dans toutes les communes, le MAIRE, les deux premiers adjoints portent les bonnes nouvelles, le troisième et le quatrième sont chargés d’exprimer les refus) était délégué par la MAIRIE pour annoncer à l’OFFICE DU TOURISME que, cinquante millions pour installer l’eau à CHARMAYENNES, c’était très au-dessus des possibilités de la commune !
L’animateur leva les bras au ciel. Il n’avait jamais demandé un compteur d’eau à CHARMAYENNES !
« L’été, on prend les touristes.On les emmène sur des chars assis sur des bottes de foin, avec des tracteurs jusqu’à CHARMAYENNES….»
Le troisième adjoint était mécanicien….il avait compris !… avant la fin du discours, il était déjà au fond de son garage et cherchait un compteur kilomètrique pour indemniser correctement les tracteurs.
Alors, l’animateur comprit qu’il ne s’en sortirait pas…
« Ce que je cherche, c’est quelqu’un qui divertisse les estivants, un amuseur, un clown, quoi ! »
Je passais par là…mal m’en prit !
« Eh ! TOI ! La « grande gueule » ! Viens ici ! On a besoin de toi ! Tu vas faire le clown !
–LE CLOWN ? Je ne sais pas faire le clown !
(Ils m’ont attrapé par le col) —Tu feras le clown !
—NON !
(ils m’ont entraîné dans une pièce sombre sous l’église –en 1962, la terre a tremblé à CORRENCON, l’église a été fendue,…Mais pas la salle au-dessous, celle qui date de l’inquisition, celle des tortures. Cela fait dire à certains que le BON DIEU préfère les tortures aux prières !—pour mieux me convaincre)
—Tu feras le clown !
—NON !
Ils m’ont écrasé les doigts dans l’étau….—Tu feras le clown !
—NON ! Je ne sais pas faire le clown.
Ils m’ont brûlé la plante des pieds….ils m’ont arraché les dents avec des tenailles…Ils m’ont arraché les poils de barbe un à un …
—Tu feras le clown !
—NON !
Alors, l’un d’eux a eu une idée terrible, pire que toutes les autres : il est allé chercher une bassine pleine d’eau et une éponge et il s’est mis en devoir de me laver…MAIS , moi qui avais déjà pris mon bain semestriel depuis moins de quatre mois, vous comprenez que cela m’était insupportable…
J’AI DIT OUI!
Cet article a été posté le Mardi 15 février 2011