Avancez!

22 avril 2011

Un mot à la mode : AVANCER  

 Je déteste ce mot. Je vois quand je l’entends un être yeux bandés qui marche vers un ravin. 

Avancer ? mais vers quoi ? sinon la mort ? Tu es bien avancé ! disait ma mère lorsque pour expérience, j’avais provoqué une petite catastrophe. 

Demander d’avancer, c’est donner confiance en un avenir que l’on sait toujours finalement fatal.

 Alors messieurs les psy qui parlez d’avancer soyez assez honnête pour préciser le but. Vos ancêtres en isoloir au moins avaient la franchise de parler d’obtenir place dans l’au-delà.

J’en reste là! 

euthanasie (2)

22 avril 2011

Cet enfant, vous l’aviez, ô combien ! attendu,

Au creux de votre sein si longtemps désiré,

Et puis, le coeur battant, avec joie généré,

Et vous le ressentiez, préparant sa venue.

Aux beaux jours de l’été, sous une peau tendue,

De menus petits pieds, vous sentiez remuer

Sans répit, sans pitié, ne cesser de bouger

Jusqu’au matin feutré du moment attendu.

Dans un très doux berceau, vous l’avez déposé

De votre lait nouveau, vous l’avez allaité

Vous inquiètant parfois de le voir agité,

Malheureux , dans insondable geôle muré

Sans espoir d’exprimer ni joie, ni volupté

Alors, geste d’AMOUR, vous l’avez achevé

euthanasie

22 avril 2011

En cinquante deux ans, toujours, toujours ta main,

A rejoint tendrement ma grosse main poilue.

Tes lèvres quémandant, vers mes lèvres tendues

Et nos coeurs, en battant ont défié le destin.

Il a coulé, le temps, avec joies et chagrins,

Nous l’avons chaque jour, bravement combattu,

Sachant qu’avec l’amour on n’est jamais battu.

Elle survint pourtant, en travers du chemin,

Calamité immonde, bouleversant la vie,

Comme fée Cruella, un jour, la maladie.

Ton oeil, grand firmament, son soleil est troublé

Comme tu espèrais, craintive, mais comblée

Mon sexe conquérant en ces jours si lointains,

L’arme que je brandis, tu l’implores et la crains.

chat-huant

21 avril 2011

  

Le soir, dans le grand bois, 

J’entends le chat-huant 

En juin, son cri d’effroi 

Fait penser à l’enfant 

Cloué par les soldats comme cible, vivant 

Contre la porte noire de la noire cahute 

Où sa mère en inhumaine lutte 

Tentait de rapporter le pain 

Chaque matin 

Grâce à quelque charbon 

Par le feu obtenu. 

Sa voix du tréfonds 

De la terre venu 

Veut rappeler aux gens 

Cet horrible temps 

Où les doryphores dévastaient les champs. 

Ils voudraient bien pour leur sérénité 

Oublier et sur la porte clouer 

Cet animal dérangeant 

Et voué à SATAN ! 

Oublier cette mère 

Découpée toute vive à la scie circulaire 

Par des chiens enragés et porteurs d’uniformes 

« GOT MIT UNS ! »Quel est ce dieu de larmes ? 

Oublier l’incendie 

Le feu maudit 

Et les pierres qui tombent 

Pour former une tombe. 

Oublier la plainte d’innocents 

Par millions jetés dans fours incandescents 

Ils étaient communistes 

Ou juifs ou progressistes. 

Comme le dernier soupir de Jean Prévost 

Triste chat-huant crie très haut 

ICI VINT ATTILA 

ET SES FOUS IMBECILES 

INTOLERANTS ET VILS 

Celui qui sommeillant au profond de chaque être 

Pourrait bien revenir un jour, demain peut-être 

Le retour de la Germaine

21 avril 2011

Depuis que PIERRE CHABERT était devenu « le roi du soufre »,on voyait arriver plein d’étrangers dans le pays. 


La GERMAINE avait ainsi rencontré un beau garçon avec de belles moustaches. Son métier ? Dentiste. 

LE JULES, son père était bien fâché : « Qu’est-ce que tu vas écouter cet arracheur de dents ? C’est menteur et compagnie ! Et la ferme,qui c’est qui va la reprendre, hein ?qui c’est ? » 

Mais,
la GERMAINE voulait rien entendre,et le jour de sa majorité, elle était partie.
 


La GERMAINE avait épousé un garçon de la ville, et de quelle ville ? De LILLE un endroit qu’on sait même pas où c’est ! 

Elle habitait paraît-il dans un bel appartement avec tout ce qu’il fallait.Pensez  donc ! Y avait même, à ce qu’elle disait, une salle rien que pour se laver ! 

Au début,elle revenait de temps en temps, l’été, quand les foins étaient finis et que les moissons n’avaient pas commencé,mais, plus le temps passait, plus elle trouvait désagréable de ne pas pouvoir garder une robe propre :y avait toujours un éclat de bouse pour venir la tacher. Et puis,les vaches ou les chèvres venaient lui lècher les mains, et elle n’aimait pas ça ,
la GERMAINE.Et puis ses souliers de la ville, bien vernis supportaient mal la boue de la cour les jours de pluie.Et puis, cette odeur de fumier qui règnait un peu partout,cette senteur de lait un peu aigre , ça lui donnait des nausées à
la GERMAINE. Et puis, voilà-t-il pas que sa mère avait trouvé que, puisqu’elle était là, elles allaient faire la bue !
 

Aller remuer des draps salis depuis des mois au fond du cuvier, ça, elle s’attendait pas à ça,
la GERMAINE et elle le leur avait dit sans détour : elle était de la ville maintenant,et ce genre de travaux,c’était plus pour elle.
 

Alors, le JULES, son père, qui avait bien pleuré déjà, quand elle était partie, a senti monter en lui cette grande colère qui traduit le désespoir. 

« Ecoute, GERMAINE,si on est plus assez  bien  pour toi, retournes-y donc dans ta ville, et reste-z-y.Au moins tu nous enlèveras pas le peu de courage qui nous reste maintenant qu’on vieillit » 


La GERMAINE était  repartie dans sa ville, profiter des concerts, des grands airs d’opéra et des scènes de théâtre. 

Les vieux sont restés doucement à la ferme, tout doux,ils gardaient encore deux vaches et quelques poules, un cochon et quelques lapins, une chèvre pour s’occuper, et la vie s’écoulait lentement dans le triste silence des maisons désertées. 

Pas de radio, de ce temps-là, pas de journaux qu’ils n’auraient pas eu envie de lire.Quelques nouvelles du village, de temps en temps, par celui qui passait en montant au bois ,ou qui revenait des morilles. 

Ils ont entendu, le JULES et l’ADELE, le tocsin, et ils ont su que la guerre était revenue… 

La guerre ! qu’est-ce qu’elle pouvait bien leur faire ? Ils avaient juste l’indispensable. Ils ont su que, maintenant, tout était rationné…mais, que voulez-vous ? y avait longtemps que leur vie n’était pas plus brillante. 

C’est un matin, sur le coup de dix heures, que le facteur est arrivé.Le FACTEUR ! Ils ont commencé à trembler ! C’était qu’il y avait eu un malheur ! Mais qui ça pouvait être ? Ils n’avaient plus de famille que
la GERMAINE et
la GERMAINE….Elle était quand même pas morte ! Ca se fait pas de mourir avant ses parents !
 

« BOIS UN CANON ! FACTEUR ! C’EST PAS SOUVENT QU’ON TE VOIT PAR ICI !Qu’est-ce qui t’arrive ? 

_J’ai une lettre pour vous. 

_Une lettre ! !Ils avaient crié tous les deux ensemble.Mais on ne reçoit jamais de lettre, ça serait-y- pas une tracasserie ?Lis-la nous, facteur, nous, on n’y voit plus bien et puis, depuis le temps… 

  

  

_C’est signé GERMAINE. Elle dit qu’elle va venir parce que, à la ville, la guerre a tout détruit. 

_
La GERMAINE !
La GERMAINE QUI REVIENT ! Ils ont senti, les vieux, leur vieux cœur qui battait.
 

L’ADELE a nettoyé à grands coups de balai la cuisine encombrée peu à peu dans l’à quoi bon des jours de solitude. Le JULES a tué un lapin …. 

Quand ils ont eu bien remué ciel et terre pour rendre la maison accueillante autant qu’ils le pouvaient, ils se sont assis, et ils ont  attendu, attendu de voir au tournant du chemin
la GERMAINE arriver….et la fatigue aidant, ils se sont endormis.
 

Quand
la GERMAINE  est arrivée, ils dormaient tous les deux.
 


La PARISE attendait qu’on soulage sa mamelle… 

Alors, malgré sa robe de la ville,  et ses souliers vernis,
la GERMAINE  a traversé le terret plein de fumier pour aborder la bête dont la queue pleine de bouse s’agitait en tous sens et a retrouvé sans hésiter les gestes de son enfance pour la traire dans le seau de fer blanc qui n’avait pas changé !
 

Accident érotique

21 avril 2011

Ne voulais pas troubler vos affaires en cours 

Je passais près de là lorsque j’ai entendu 

Des miaulements de chatte éprouvée par l’amour 

Me suis donc approché et là vous m’avez vu 

Un clin d’œil a suffi par votre invitation 

A me dresser soudain dans un attrait violent 

J’ai voulu apporter surplus de sensations 

Les ports dont Lesbos avait dans vos élans 

Rendu le sol humide et un peu trop glissant 

Etaient prêts je l’ai vu à mon débarquement

Le trésor de l’homme enfant

20 avril 2011

La cité était calme, le silence tombé, peu à peu, les lumières aux fenêtres éteintes. Les mobs étaient rentrées…même les ados, dans une dernière ovation avaient fait taire leurs percussions. De temps en temps, une clarté fugitive ici ou là suggérait le cauchemar d’un enfant ou la mort d’un vieillard. La cloche au loin avait sonné trois heures, et une ombre a glissé dans le froid sibérien, a poussé doucement la porte d’une cave. Oh ! bien vide, la cave ! A part un matelas, une bouteille vide pour servir d’oreiller…et là, recroquevillée, elle a fermé les yeux, pas trop longtemps, bien sûr car le vigile, dans une heure ou deux viendra hanter les lieux, il faudra déguerpir, s’en aller dans le gel et marcher ou mourir.
« Qu’est-ce que tu fous là ? Va-t-en ou je te fais embarquer ! »…Le vieillard avant l’âge se lève et se traîne dans la rue…mais voilà qu’il s’arrête au-dessus d’une grille où un relent d’air chaud entoure sa carcasse…Il s’assied un moment, ferme les yeux, s’endort. Son rêve est peuplé de visions de trésors. Il voit sur une carte un bateau et une île. Il voit un pavillon à la tête de mort. Il voit au fond d’un puits un coffre où tout rutile et le sentier secret pour trouver le trésor.
Un jeune écolier qui s’en allait en classe trouve le pauvre hère endormi sur la grille : son ballon l’a heurté et l’a fait émerger. Il s’approche un peu, avec crainte de l’homme, voit son visage bleu et ses yeux enfoncés. Sans un mot, il lui tend un morceau de choco que sa mère a glissé dans la poche du sac pour le revigorer à l’heure de la récré. Le vieillard regarde ce petit d’homme aussi pauvre que lui, mais qui sait partager . Pour lui, il est trop tard, ou encore un peu tôt. Alors, il demande à l’enfant un crayon. Avec ses doigts gelés, il dessine avec maladresse sur une page neuve d’un cahier de brouillon ce qu’il a vu en rêve. L’enfant aime les contes et bat un peu des mains, puis s’en va, emportant dans son petit cartable, le croquis qui soutient l’expression de l’histoire que l’inconnu lui a, pour le remercier, ce matin de décembre, simplement raconté…L’inconnu est parti, quelques heures plus tard, dans un petit camion noir à lisérés blancs.
Dans un coin de sa chambre, il a gardé, l’enfant, le petit dessin gris qui l’avait fait rêver…Demain, il s’en ira sur une goélette, un bateau de croisière, une barque peut-être, jusqu’à l’île secrète dont parlait l’inconnu. Il trouvera, c’est sûr, le chemin de ce puits où sont terrés, c’est sûr, des trésors inouïs.
Et l’enfant a grandi, il est devenu homme. Il doit, comme tous, au labeur quotidien payer son lourd tribut pour tirer au retour la manne qui permet d’étirer le séjour….Le rêve, pourtant, ce vieux rêve est là ! Il le tracasse encore : : il faut briser cela !
Alors, en ce soir où NOËL va tintant, l’enfant d’avant-hier s’embarque pour longtemps. Il va à l’aventure et son bateau conduit par une main cachée qui sublime l’espoir, l’entraîne vers un roc où serpente un sentier. La terre doucement crisse sous ses pieds. Un gouffre est bientôt là, tout au bout du sentier. L’homme-enfant sans effort se glisse jusqu’au fond, ouvre une cantine dont les flancs, il est sûr renferment le trésor du pauvre mendiant.
Il en tire un bijou qui a nom BONTE, un autre du nom de CHARITE, un troisième encore et qui a nom ESPOIR, et puis caché au fond, mais qui tient tout l’espace, il voit le plus modeste et qui a nom AMOUR.
Ces trésors qu’il pille aussitôt se reforment. Il revient à la barque pour en charger l’esquif. Et il s’en va partout pour les distribuer.
FERMEZ, voyons, FERMEZ VOS YEUX pour un instant, vous sentirez peut-être au fond de votre cœur chacun de ces trésors sans bruit y prendre place. Plus l’on sait les donner, plus ces trésors fleurissent.
Allez donc et semez au gré de l’aventure la graine de l’AMOUR, de BONTE et d’ESPOIR !

Le bal

20 avril 2011

Ce soir, le vin est bon, et les flon-flon de l’accordéon poussent à l’optimisme et à la joie.
JOSE avait dansé une valse avec l’une, avec l’autre de ces demoiselles bien repassées qu’il connaissait depuis longtemps.
Mais voilà que, du coin de l’œil, il voit arriver la plus jolie poupée qu’il aurait pu imaginer.
Un sourire…sourire rendu !…mine de rien, on s’approche, la fille ne bouge pas, mais ne le quitte pas des yeux, légèrement goguenarde….Un peu plus près….pourvu que personne ne vienne l’inviter avant moi !…Le cœur de JOSE bat la chamade. Il voit déjà deux ou trois gros bras de MEAUDRE qui font mouvement vers elle. Alors, il se jette à l’eau. D’un clin d’œil, il assure son avance….clin d’œil rendu…
LA DEESSE S’AVANCE !
« Voudriez-vous, mademoiselle, m’accorder cette valse ? »
Sans un mot, la fille écarte les bras. Un, deux, trois, un, deux, trois, leurs pas trouvent immédiatement le rythme. Leurs corps vibrent au même diapason. En tournant, la jupe s’écarte légèrement et les autres danseurs peu à peu se laissent distraire par la beauté du couple enlacé.
L’orchestre a maintenant changé de rythme, mais JOSE, pas plus que sa cavalière n’a pensé à lâcher la piste. Les heures s’écoulent comme en un rêve peuplé de musique et de battements de cœurs, à l’UNISSON.
La fille ne parle pas. A peine, par-ci, par-là, lâche-t-elle un mot laconique, mais son corps entier exprime une complicité, un accord sans réserve. A peine a-t-elle confié son prénom : ANTOINETTE au moment où, d’une gigue endiablée, l’orchestre clôt le bal.
On se serre la main…On n’ose pas, en ce temps-là avoir le moindre geste….et on rentre chez soi le cœur plein de musique et de rêves….plein d’espoir de revoir sans oser le formuler, la déesse qui a illuminé la soirée.
JOSE ne dort pas ce reste de la nuit. Son esprit est peuplé des idées les plus folles. Ce doit être une princesse évadée de son palais….ou bien….
« Va vite donner aux vaches qu’on est en retard pour traire, le laitier va passer »
JOSE court, vole, tout travail lui paraît léger. Il est cinq heures du matin et il chante à tue-tête.
« ARRETE UN PEU ! Tu vas faire lever le lait aux vaches » dit son père d’un ton sévère.
Oh ! le lait est vite trait !
La LOMBARDE si difficile à traire d’habitude ne lui a pas fourbu les bras aujourd’hui…JOSE EST HEUREUX.
Les vaches viennent d’être détachées, et voilà notre JOSE muni de son bâton, parti pour les garder. Ah ! un moment pour rêver !…
Deux femmes, à cet instant, arrivent devant la ferme. Ce sont des romanichelles qui viennent proposer des dentelles de porte en porte….et….l’une d’elles….est….devinez qui ?
Alors, JOSE , en catimini, est parti. Il a conduit les vaches au pré. Il s’est mis presque nu pour se tremper dans
la BOURNE comme s’il avait voulu s’y noyer ou y noyer ses espoirs et ses illusions.
………….Car, en ce temps-là, la notion de classe sociale engendrait préjugés et tabous…..

AU FAIT, EN EST –IL AUTREMENT AUJOURD’HUI ? ? ? ? 

Retour de caté

20 avril 2011

 

OH !que j’ai aimé

Les retours de leçons de caté

Tu roulais lentement

Je marchais près de toi

Et tu faisais semblant

D’ignorer mon émoi

Huit ans, c’était mon âge

Onze pour toi ou davantage

Ce parcours du jeudi

Minutes de paradis

Me faisait digérer

Les dix commandements

Ignorer les péchés

Oublier sacrements

Grâce à toi j’ai trouvé

Ce qu’était adorer

Tu m’as manqué tu sais

Lorsque tu es partie

Te soigner il fallait :

Ton dos avait faibli

Je n’osais demander

Quelle était ton adresse

Chez nous tout est caché

Pas la moindre faiblesse

Il y a ce qui se fait

Et ce qui ne sied pas

Les lettres, je le sais,

On ne les donnait pas

La nuit, fermant les yeux

Je cherchais ton visage

Pendant un an ou deux

J’en ai revu l’image

Et puis, à ton retour

Eternité plus tard

Les grands te faisaient cour

Et moi j’étais têtard !!

Le sapin orgueilleux

19 avril 2011

  

Il y a bien longtemps, au temps où les montagnes et les plantes parlaient, le CORNAFION et
la MOUCHEROLLE flirtaient beaucoup. 

On pouvait voir le CORNAFION caresser doucement du bout de ses doigts le cou de la   MOUCHEROLLE, entourer ses épaules de son bras. Tous deux s’étaient pris d’affection pour la végétation qui croissait dans la vallée à leurs pieds. Mais, parmi tous les arbres, ils avaient un préféré : c’était un petit sapin mignon tout vert et brillant qui tendait vers le ciel une longue flèche… 

Ils n’en finissaient pas, le CORNAFION et
la MOUCHEROLLE de l’admirer, de lui faire compliment sur sa beauté, sur sa vigueur…si bien que, peu à peu, le sapin qui se développait beaucoup mieux que les autres (il était placé tout près de FONT-FROIDE, la source qui l’abreuvait et bien à l’abri des vents qui auraient pu le déranger.) conçut un orgueil démesuré. 

« Je suis le plus beau des petits sapins ! » 

Ne te vante pas disait le Cornafion 

_Laisse-le dire ! il est petit répondait
la Moucherolle. 

« Je suis le plus fort de tous » (et il donnait des coups de branches aux voisins 

_C’est mal de battre les autres  grondait Le Cornafion 

_Laisse-le jouer protestait
La Moucherolle 

« C’est moi qui grandis le plus vite ! » 

_ Tu devrais grandir en sagesse et arrêter de rouler des mécaniques, disait Le Cornafion 

_Il faut bien que jeunesse se passe répondait
La Moucherolle. 

« Je suis le plus vert de toute la forêt ! » 

Le CORNAFION ne cessait pas de lui dire d’éviter de se vanter, mais,
la MOUCHEROLLE lui trouvait toujours des excuses. Quand le CORNAFION fronçait les sourcils,
la MOUCHEROLLE, plus indulgente haussait les épaules…il s’ensuivait de petits éboulements sans conséquences. Un jour, cependant, le sapin réussit à atteindre une hauteur colossale : en se haussant sur la pointe de ses racines, il voyait par-dessus la tête du CORNAFION.Son orgueil n’en fut que plus immodéré. 

« Je suis plus grand que tous les êtres de la montagne ! Je suis bien plus grand et plus beau que la montagne elle-même ! Et, en plus, je suis du plus beau vert ! Ne regardez pas ce sévère CORNAFION qui fronce toujours les sourcils, regardez-moi ! Je suis vraiment le plus beau ! » 

Alors, le CORNAFION se mit en colère.
La MOUCHEROLLE essayait bien de le calmer, mais à chaque remarque de l’orgueilleux sapin il tremblait de fureur…et des rochers roulaient au bas des pentes….Un jour où les remarques avaient été encore plus cruelles que d’habitude, le CORNAFION  entra dans une fureur terrible.
La MOUCHEROLLE  lui dit : « Ne te mets pas en colère comme ça ! Tu vas faire une crise cardiaque ! 

_Tu prends sa défense alors qu’il se moque de moi ! » hurla le CORNAFION en retirant brutalement son bras qui entourait le cou de
la MOUCHEROLLE. Cela fit un énorme fracas dans la montagne, des rochers roulèrent jusqu’aux VIERES. Le COL VERT était né. 

Au début de l’hiver, le vent se mit à souffler : il était libre, maintenant, le vent, plus rien ne l’arrêtait, il pouvait se glisser dans le COL VERT. 

Le sapin, si sûr de sa force et de sa beauté ne se méfiait pas…Il prenait même un malin plaisir à ne s’agripper nulle part. 

« Ca me rafraîchit ! Ca me berce ! Je n’ai pas peur de toi, le vent ! » 

Si bien qu’une rafale un peu plus violente que les autres le coucha brutalement dans un fracas épouvantable…En tombant, sa tête heurta le bras droit du CORNAFION qui s’abaissa à son tour…C’est ainsi que naquit LE COL DE L’ARC. 

Et depuis ce temps, jamais le CORNAFION n’a procuré un quelconque abri au moindre sapin : qu’ils se débrouillent tout seuls pour résister au vent ! Il ne parle plus jamais à
la MOUCHEROLLE ils ont tous deux durci leur cœur qui est devenu aussi dur que du béton ou de la pierre. …et jamais plus ils n’ont admiré un arbre quelconque ! 

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