Bérillon

12 avril 2011

Il y avait autrefois, dans la région de VIENNE, un couple de paysans qui avaient un fils.
Malheureusement pour eux, dès le plus jeune âge, ce fils se montra totalement incapable de fournir un travail au sein de la ferme. Au lieu de garder les vaches comme tous les enfants de son âge, il oubliait sa charge pour modeler avec de la glaise des formes bizarres : des têtes, des animaux…rien qui vaille !…et, pendant ce temps, les vaches s’égayaient dans les choux du voisin ou dans la luzerne qui faisait gonfler leur ventre jusqu’à éclater…
« Quand feras-tu attention ? demandait le père.
–Je m’ennuie ! répondait BERILLON, j’aime mieux faire autre chose. »
Au moment de sortir le fumier de l’étable, on ne le trouvait pas : il était en train de casser des pierres pour faire on ne sait quoi…des mosaïques qu’il disait !…L’envoyer faucher était encore une pire catastrophe : au lieu de dessiner des andains bien droits, il vous traçait dans le champ des volutes, des carrés, des ronds, il contournait les fleurs ce qui déclenchait la risée des voisins…
« Que feras-tu dans la vie si tu ne travailles pas correctement ? se lamentait le père.
–Mais, père, je ne veux pas être fermier. Ce travail ne me plaît pas du tout.
–Apprends à planter les légumes, à nourrir les bêtes, à récolter le fruit de la terre, répétait le père, tu mangeras toujours à ta faim.
–Je ne veux pas travailler la ferme !
–Alors, que veux-tu faire ? Veux-tu être de ces bons à rien de ronds de cuir ?
–NON ! Père, je veux être sculpteur.
–SCULPTEUR ! C’EST UN METIER DE CREVE
LA FAIM , DE BON A RIEN. SI C’EST PAS MALHEUREUX !
Cette incapacité à travailler normalement faisait le désespoir de ses parents, de son père surtout, qui après avoir tout tenté pour le mater, pleurait toute les nuits en secret et finit par mourir de chagrin.
Le fils aimait bien ses parents, mais, il n’y pouvait rien, le travail des champs le rebutait….
Après la mort du père, la ferme ne fut pas longue à péricliter….
La mère tenta bien quelque temps de continuer le travail, mais une femme seule, avec un fils à « bras cassés » comme BERILLON ne pouvait pas assumer la tâche…Elle avait bien espéré que, le père mort, BERILLON se sentirait obligé de prendre sa place…Mais BERILLON, au contraire, que seule sa passion pour la création de formes inanimées intéressait ouvrit un atelier dans le fond de la grange.
HELAS ! Tant d’inaptitude et d’ingratitude minaient sa mère qui ne cessait plus de pleurer… Si bien qu’un jour, au réveil, ses yeux refusèrent de s’ouvrir…
BERILLON aimait beaucoup sa mère, malgré ce qu’elle pouvait en penser. Il s’enquit auprès des personnes de bon conseil de la manière de soigner ce mal.
L’une suggéra des compresses de camomille…L’effet fut de courte durée.
Une autre proposa de confectionner des cataplasmes de fleurs de bleuets fraîches écrasées… cela fut meilleur ! Chaque matin, dès cinq heures, BERILLON partait cueillir à la rosée des bleuets pour soigner sa mère…Hélas ! L’automne arriva…plus de bleuets ! plus rien pour dessouder les paupières gonflées…

La vierge de Bérillon

12 avril 2011


Au fond de l’atelier, pétrissant de la glaise,
BERILLON se démenait créant de la beauté.
Un appel de sa mère enchaînée sur sa chaise
Le rappela soudain à la réalité.
« Mon fils, lui disait-elle, nous avons tout tenté
Mes yeux se sont fermés, la lumière est mortelle
Mon esprit a plongé dans la noirceur hantée.
Mes paupières gonflées que la douleur flagelle
Restent closes à jamais : atroce cécité.
Que me reste-t-il donc dans le noir de la nuit
A espérer encore que dans l’éternité ?

Un client était là qui écoutait la plainte .
« Il existe à TERNAY une source sacrée
Placée sous protection des saints et d’une sainte
Qui , on le dit, guérit la cécité. »
…..Non, mère, il reste encore un espoir aujourd’hui :
Sur les hauts de TERNAY, une source a jailli
Dont les eaux bouillonnantes ont à ce qu’on m’a dit
Déjà maint malheureux plongé dans la pénombre
Remis en condition de sortir de cette ombre…
Je partirai demain sans retard et sans crainte
Pour prendre le chemin de cette onde sacrée
Afin que, de retour sur vos paupières jointes
Je puisse déposer de cette eau consacrée…

Et le fils s’en alla au travers des collines
Quêtant ici du pain là une meule asile…
Et quand il arriva, de sous sa pélerine,
Il tira un pichet de grosse terre vile.
Une fille était là, belle radieuse, splendide,
Qui lui prit dans la main la cruche mordorée
La plongea dans le puits comme d’un geste avide
Et puis la lui rendit dans un éclat doré.
BERILLON, la saisissant, y vit la main divine
Sur l’anse imprimée…Serrant sur sa poitrine
Le liquide sacré que cette apparition
Avait extrait pour lui du roc de ST MAYOL
Il l’emporte en secret, avec dévotion…

Lors, dès qu’il trouva sa douce génitrice,
Il fit avec l’argile comme une pâte molle,
La posa sur les yeux en régénératrice
Avec cette ferveur ressentie en voyant
La DEESSE DIVINE la source illuminant.

Sa mère au lendemain lui parut bien surprise :
La vue elle recouvrait !…La douleur de ses crises
S’enfuyait dans des larmes et de joie et de foi
Qu’elle versait, remerciant le SEIGNEUR mille fois.
BERILLON, agenouillé, se forma la promesse
De fixer en statue le corps de la DEESSE…
Il choisit un beau tronc de poirier,
Sans nœud et sans fissure
Il oeuvra au maillet, au ciseau, une épure
Se mit à découper, taillader, ciseler
Et en quelques semaines de travail acharné
Créa une statue d’ineffable beauté.
Pour
la VIERGE honorer.
Revenant à TERNAY, la porta en offrande
Au prêtre du village que le destin chargeait
De régir l’accès de la source aux demandes
Et de rendre à DIEU grâce pour ses sujets.

Ayant par le présent dit sa reconnaissance
BERILLON ressentit l’envie de visiter
Un peu de cet étroit paysage de France
Et vers la vallée, il se mit à marcher.
Mais voilà que poussant bien plus loin le voyage,
Il s’aventura par les lônes du RHONE
Jusqu’au creux de FEYZIN où par grand avantage
Il revit de nouveau la belle dont le trône
Etait depuis longtemps édifié en son cœur.
Il fut long à comprendre qu’en fait de SAINTE VIERGE
Celle qui recelait pour tous temps son bonheur
Etait fille mortelle et belle amante vierge….

On dit que, de BERILLON, la fête de la noce
Retentit pour qui sait assez tendre l’oreille
Depuis de nombreux siècles sur la vallée vermeille
Quand le soleil couchant qui aux vignes s’adosse
Luit sur le rocher où grâce à la beauté
BERILLON a pu enfin vaincre la cécité….

L’ENTENDEZ-VOUS ? ? ? ?

 

version personnelle d’une légende de TERNAY

Bien sûr! mais pas chez nous!

12 avril 2011

Si quelqu’un vous a expliqué qu’il ne remplacerait qu’un fonctionnaire retraité sur deux, si vous avez voté pour lui , avez-vous le droit de paraître surpris voire choqué que le nombre de policiers ait fondu ? que la justice soit de plus en plus lente faute de personnel ? que des classes soient fermées en grand nombre ? que les postes ferment un peu partout en campagne ? 

Bien sûr, préalablement, on vous avait expliqué qu’un grand nombre de fonctionnaires étaient sur des fonctions inutiles… étiez-vous à ce point crédules ? Ne saviez-vous pas que la période électorale est une période de mensonges en tous genres ? Que qui veut tuer son chien l’accuse de la rage ? 

Ah ! mais c’est que dans votre for intérieur, vous pensiez :c’est ailleurs, pas chez nous que cela se passera… Pauvres naïfs qui en êtes à manifester pour protester contre ce pourquoi vous avez voté ? 

Pardon ! je me trompe : aucun de ceux qui ont voté Sarkozy en 2007 ne manifeste … on se demande d’ailleurs si les urnes n’avaient pas été bourrées puisqu’on ne rencontre plus personne qui avoue l’avoir fait… 

séparation

11 avril 2011

Petit enfant

Trop sage

Avant l’âge

Tu vois tes parents

Qui se désengagent

Tes yeux incrédules

Se voilent de tulle

Faut garder courage

Dans ta valise

Une botte un pull

Tout cela s’enlise

Et adieu ta bulle

volupté

11 avril 2011

  

Il y avait dans le village, une douce jeunesse,dont le seul nom :VOLUPTE inspirait le bonheur. Il y avait, dans le village, comme dans tous les autres, des gens dont les ulcères inspiraient la pitié. Ceux-ci n’avaient jamais à l’égard de la fille un mot ni de tendresse, ni même d’amitié. Or, dans la montagne, surgit, cette année-là, un monstre assoiffé. Ses pattes étaient griffues, et son corps écaillé. Ses yeux jetaient du feu. Son groin était difforme…Sa langue ,à mille queues, semblait faite de viornes. 

Un jour de pleine lune, le monstre apparut au sortir de la messe et fixa dans les yeux la grosse LEONIE dont la langue fourchue ne ratait jamais, non jamais, une méchanceté….La LEONIE d’un coup, en fut transfigurée. Elle avança vers lui à ce point fascinée qu’elle en faisait des mines devant les villageois un peu éberlués…
La LEONIE suivit avec docilité le monstre aux doigts fourchus et au corps écaillé. 

On ne la revit plus pendant une quinzaine. On la chercha un peu, pas trop, mais quand bien même !…Et puis, le soir venu de la nouvelle lune, elle reparut soudain sur la place ensombrée…Les cernes de ses yeux tombaient jusqu’au menton, sa langue était pendante et rasait le gazon. Lentement, d’un pas court, marchant à quatre pattes, car son ventre traînait comme une vieille « pâte » elle alla se coucher sans un mot, dans l’étable, sur le tas de fumier….Les vaches, elles-mêmes n’en crurent pas leurs yeux ! De mémoire d’humain, jamais elle ne raconta rien ! 

  

Deux semaines plus tard, le monstre reparut au sortir de l’église, découvrant ses dents jaunâtres et acérées….L’AMELIE toute sèche, à la langue en crochet, à son tour, fascinée suivit docilement le monstre aux yeux de braise et à la queue dressée. 

On ne la revit plus pendant une quinzaine. On la chercha un peu, pas trop, mais quand bien même !….Et puis, le soir venu de la nouvelle lune, elle reparut soudain dans la rue ensombrée…Les cernes de ses yeux envahissaient les joues, sa langue était pendante et lèchait le gazon, lentement d’un pas court, marchant sur les genoux, elle alla se coucher dans le creux du fenier où les rats eux-mêmes n’en crurent pas leurs yeux. De mémoire d’humain, jamais elle ne raconta mot. 

  

Le MAIRE, pour l’instant, n’était pas trop inquiet : que de vieilles bigottes se fassent un peu rosser, ça ne pouvait, à lui, que quelque peu lui plaire! ….Le CURE, aux offices, voulait que l’on priât pour que la main de DIEU s’abattant sur la bête réduise à néant ses effets malfaisants…Mais, comme, librement, les deux laides commères avaient, c’était patent suivi….SATAN…Peut-être….On n’insista pas trop car on ne sait jamais ! 

Le huitième dimanche, le monstre était là…Le CURE sortit avec son goupillon. Il s’approcha tout doux de la satanique bête, mais il ne leva pas son arme, au contraire : il suivit sans prononcer un mot le monstre au groin difforme et aux griffes pointues. 

On ne le revit plus pendant une quinzaine. On le chercha un peu, pas trop, …mais tout de même…Il manquait à de vieilles bigottes qui ne pouvaient plus jouir en pensée en revivant, dans le confessionnal les plus doux de leurs péchés !…Et puis, le soir venu de la nouvelle lune, il reparut soudain à la cure ensombrée…Les cernes de ses yeux prolongeaient son étole ! Sa langue était pendante et lèchait les carreaux. Lentement, d’un pas court, traînant à quatre pattes, car son ventre frottait le sol en avançant, il alla se coucher sans un mot dans la fosse commune où il faisait jeter ceux qui à son gré n’avaient pas bien contribué à verser au denier par pure dévotion….Les morts eux-mêmes n’en crurent pas leurs yeux ! 

  

Le douzième dimanche, le monstre était là    ….mais personne ne vint vers lui pour une fois….Hélas !  le lundi, au sortir de l’école, il était revenu !…Il avait regardé avec intensité la maîtresse d’école, vous savez, celle qui faisait les leçons de morale !….Elle l’avait suivi ! ! ! 

Le MAIRE alors bondit : EN S’ATTAQUANT A L’INSTITUTRICE, C’EST A
LA REPUBLIQUE QUE CE MONSTRE A VOULU FAIRE
LA NIQUE ! ! ! 

On chercha de partout et même les gendarmes vinrent du chef-lieu diligenter l’enquête…. On ne la revit pas pendant une quinzaine,on la chercha un peu…très peu…les enfants pas du tout !…Et puis, le soir venu de la nouvelle lune, elle reparut soudain sous le préau ensombré. Les cernes de ses yeux affleuraient ses poignets. Sa langue était pendante et lèchait le goudron. Lentement, d’un pas court, marchant à quatre pattes car son ventre traînait comme une vieille éponge, elle alla se calfeutrer dans la cave où elle enfermait les petits qui n’avaient pas, selon son opinion assez bien, devant elle, fait la génuflexion… 

  

Douze jours plus tard, le monstre se trouvait devant la mairie…Les PANDORES suivirent la bête malfaisante…Jusqu’où ? On se demande ! …Mais lorsqu’ils revinrent, les cernes de leurs yeux traînaient sur leur gâchette. Leur langue était pendante et labourait la boue. A un pas cadencé d’escargots militaires, ils allèrent sans un mot dans la geôle où toujours, pour l’exemple, ils n’oubliaient pas d’enfermer l’innocent… 

L’ARMEE donc intervint : il lui fallait détruire cette bête immonde qui ne respectait rien : ni église, ni maître, ni même
la REPUBLIQUE ! 

Les journaux furent pleins des méfaits supposés du monstre DONT AUCUNE VICTIME N’AVAIT ENCORE PARLE….. 

  

Pendant plus de trois mois, on ne l’aperçut pas… 

Et puis, un jour d’automne, tout à l’entrée du bois, devant deux cents personnes, mille chiens aux abois, la bête se dressa. Elle tendit ses griffes vers la douce VOLUPTE qui, en se débattant, dans les bois fut traînée… 

Aussitôt, tout ce que le village comptait de méchanceté et de jalousie se mit à exulter à la pensée des supplices qu’elle allait endurer…car, enfin, c’était JUSTE que ce soit ELLE qui souffre le plus ! ! ! Ne prodiguait-t-elle pas son amour sans compter…Qui ne voulait même pas haïr les étrangers ! Non ! décidément, pour une fois, cette bête était bonne ! ! ! 

Certains n’en dormaient pas : ils la voyaient toute lacérée, sans dents, échevelée, bras désarticulés, jambes écartelées… 

OUI…MAIS…TROIS JOURS APRES, à l’entrée du village, on la vit arriver toute blonde et pimpante, radieuse, encore plus belle, tenant dans sa main de déesse une laisse au bout de laquelle courait l’horrible créature comme un doux-doux chien-chien !..Un monstre assoiffé seulement d’amitié ; 

Elle l’a attaché à l’arbre de la sagacité… 

MEFIEZ-VOUS, MEDISANTS ! CAR IL Y EST TOUJOURS ! 

NE CALOMNIEZ JAMAIS, JAMAIS,
LA VOLUPTE
 

sagesse

11 avril 2011

 

Tu espères un roi

Tête couronnée

Venu t’enlever

Sur son palefroi

Tu  rêves qu’un prince

Riche et adulé

De toutes provinces

Sera à tes pieds

Tu  crois qu’une star

Là incognito

Te prend sur son char

Et qu’on crie « bravo ! »

Le cousin d’Adonis

Ton doux fiancé

Viendra t’apporter

Un bouquet de lis

Tu cherches bien loin

Sous les beaux costars

Le fameux pingouin

Qui te fera star

Tu vois ton sort

En voiture de sport

En vie débridée

En chaudes soirées

Mais les yeux rivés

Dans les beaux nuages

Ne laisse passer

Le meilleur des sages

Celui qui demain

Sans or sans chichis

Te tiendra la main

Et te dira oui

 

Celui qui saura

Toujours être tendre

Et te donnera

Bonheur à revendre 

Natacha Polony

10 avril 2011

Elle est pourtant jolie, pourtant je ne peux pas la supporter… 

Je me suis longtemps demandé ce qui chez elle me rebutait. Bon ! elle écrit au Figaro, mais ce n’est pas une raison : il y a dans ce journal des articles bons à lire ne serait-ce que pour les combattre. Elle est même intelligente, on le sent dans les débats….Et pourtant elle incarne ce que je déteste le plus : cette morgue de « l’élite » conception mille neuf cent cinquante. 

Le propre du vrai génie est de ne pas se prononcer sur des sujets que l’on ne connaît pas totalement. Ne voilà-t-il pas qu’elle s’est lancée dans la polémique imbécile de savoir si be a ba est la seule voie possible…Voyons, combien de petits enfants a-t-elle formé à la lecture ? Combien de CP a-t-elle conduits à 100% de réussite la grande vocifératrice ? 

 Bien sûr que le grand-père Chevènement en rabâchant 8 ans durant les mêmes règles les mêmes dictées arrivait à faire écrire presque sans faute bien des gamins(enfin pas tant, faut-il le dire ? puisque seulement la crème de la crème arrivait à dépasser le stade du certificat.)C’est 20% en 1960 que l’école d’hier amenait au-delà du CEP. 

Quand j’ai découvert il ya peu, qu’elle avait été candidate chevenementiste à je ne sais quelle élection, j’ai compris d’où vient mon aversion presque viscérale. Entendre que l’école d’hier était meilleure me donne toujours la nausée : l’ai trop connue dans la salle et sur l’estrade !!

Et c’est Chevenement qui en a relancé la mode

Souvenir

10 avril 2011

Ce soir, c’était la fête à ST MARCELLIN : la fête du fromage 

Un orchestre traditionnel jouait des paso dobles, des valses et des javas… 

Et tout à coup m’est revenu en mémoire ce matin de mon enfance. Quel âge pouvais-je avoir ? Dix ans peut-être… La radio, fait rare , était allumée. Une chanson ouvrit l’émission, une chanson apparemment connue de tous…. 

« Ah ! mesdames, voilà du bon fromage (bis) 

Voilà du bon fromage au lait 

Il est du pays de celui qui l’a fait (bis) 

Je crois qu’il s’agissait de l’émission de Pierre Bonte ( ?)en visite à ST MARCELLIN. Dans la famille, tout le monde se sentit profondément honoré qu’un journaliste de Paris vienne près de chez nous pour parler d’un fromage de la région… Comme toute la famille je ressentis cette fierté que le fruit du travail des « bouseux », comme nous appelaient les gens de la ville (qui pourtant naguère avaient été bien contents de réchauffer les lointaines relations de famille au temps des restrictions) fasse l’objet d’une émission. 

 

Puisque je suis à parler de ST MARCELLIN, il est un repas que j’adore : sur un lit de laitue, un St Marcellin chaud fondu sur une large tranche de pain accompagné de deux pommes de terre en robe des champs, d’une tranche de jambon cru et d’une tranche de jambon blanc… 

Essayez, goûtez, régalez-vous ! 

Le coeur

10 avril 2011

Le cœur n’est pas sage

Oublie son âge

S’élève au firmament

Comme oiseau insouciant

Retourne le miroir

Refuse de le voir

S’entête à s’exposer

Aux feux qui vont brûler

Mon cœur a oublié

Que des lustres de cendre

Froids comme glaciers

T’empêchent de l’entendre

L’armoire

9 avril 2011

 

                                               L’ARMOIRE 

  

C’est à la première veillée funèbre, que le MARIUS a, pour la première fois, entendu l’armoire de la chambre craquer. 

Il était bien marri, le MARIUS, il avait tout abandonné : sa ferme, ses bêtes, le village sur les conseil du médecin qui ne pensait pas pouvoir prolonger sa femme plus longtemps en montagne. L’était venu habiter en immeuble. C’était plus moderne : y avait même un wc intérieur et une salle de bains…c’était quand même mieux que de se geler les fesses  en plein hiver pour aller au milieu du jardin. On avait chaud aussi, avec le chauffage central qui ne demandait pas de recharger sans cesse le poêle…de cette manière, pendant qu’il travaillait,, qu’il lavait la boue des escaliers, qu’il ramassait les coquilles d’œufs que les locataires jetaient par les fenêtres, qu’il engueulait le gamin qui pissait du balcon du sixième sur les gens qui passaient, sa femme pouvait rester bien au confort… 

Mais voilà, malgré tous ses soins, malgré tout son amour, voilà qu’elle était raide…Depuis si longtemps qu’elle souffrait le martyre, la mort survenant avait détendu ses traits, elle avait trouvé un peu de sérénité, et si le BON DIEU qui l’avait tant éprouvée était juste, elle devait bien être allée tout droit au paradis… Mais lui, qu’allait-il devenir ? 

C’est au moment où sa pensée se posait cette question que l’armoire s’était mise à craquer… 

Cette armoire, c’était celle que le grand-père avait spécialement fait fabriquer au menuisier pour la leur offrir le jour de leur mariage, il y avait…un quart de siècle !Elle était de de bon orme, solide et épais, de ces bons meubles qui durent pour dix générations… 

Mais voilà qu’elle craquait chaque fois qu’il se posait cette question. Alors, le MARIUS s’est rappelé que, après la mort, si on a besoin de quelque chose, on n’a pas d’autre moyen que de faire parler les objets. Il s’est penché doucement sur le corps de la morte que la maladie qui épuise avait tout raviné… »Mais qu’é que t’as, MARIE ? Qu’est-ce donc qui te manque ? » 

Il lui avait pourtant bien fait sa toilette… mis sa plus belle robe, et mis son chapelet… Le corps froid de la morte se taisait, mais l’armoire craquait… 

« J’ai pourtant bien remis ta culotte, tes bas, ton cotillon … » craquement encore… 

« Ah ! tu veux tes lunettes ! parce que, dans les ténèbres, tu y verrais peut-être mieux »… craquement encore… 

« Ah ! c’est tes cheveux ! Tu voulais ton chignon ! Attends ! je vais te le faire ! » 

Et tout doucement, avec dévotion, voilà notre MARIUS qui retourne le corps, de la brosse et du peigne qui coiffe, tresse, forme un chignon comme elle l’aimait toujours… 

Ca lui a pris du temps, et, à chaque craquement, il disait : « Sois patiente ! Tu l’auras, ton chignon ! » C’est qu’il avait pas l’habitude, le MARIUS : il savait bien manier l’étrille, tresser la queue du cheval ou fleurir sa crinière au temps lointain où ils étaient heureux…Mais là ! Pour les cheveux de sa femme, il était tout emprunté…et puis, pour la dernière fois, il fallait pas rater…Alors, il s’appliquait, le MARIUS , il coiffait cent fois, doucement pour pas faire tirer, et puis il tressait, enroulait… 

A force d’efforts, il a réussi à lui faire un chignon digne d’une épousée… 

La première voiture, celle du voisin épicier, sur le parking a brusquement ronflé. Des bruits se sont levés, doucement, doucement : la voisine donnait la tétée au bébé…une chasse d’eau : le voisin du dessus qui est allé pisser…des pas dans l’escalier. L’immeuble en peu de temps s’est mis à remuer.Si l’armoire craquait, plus moyen d’écouter. La vie tout alentour manifestait ses droits. 

La famille est venue dès le jour levé, il a fermé un instant ses paupières irritées des larmes qu’il ne voulait pas ,surtout pas laisser gicler…Un va-et-vient feutré dans la maison que les piaillements, les cris, les rires, et les pleurs poussés par ces sauvages qui ne respectent pas la mort viennent troubler… 

Là-haut, dans la montagne, quand la mort avait frappé, c’est tout le quartier qui observait silence et qui se découvrait…on se connaissait tous, et même si on s’engueulait, quand il y avait un mort, tout le monde s’inclinait. 

Le MARIUS a senti dans le remue-ménage combien sa solitude au milieu de la foule allait être pesante et dure à supporter…Pourtant, pas de secret, quand la porte est fermée, plus question de se retourner. 

Quand  le soir est venu, que les télévisions ont cessé de bramer dans les murs d’à côté, il s’est retrouvé, le MARIUS , encore confronté à la même amertume : là-haut, dans la montagne, pour passer la soirée, tous les voisins seraient ensemble rassemblés pour réciter en chœur la prière du soir et puis les litanies…et ce n’est que très tard, qu’il se serait trouvé avec quelques amis à veiller sa MARIE. 

Peu à peu, le silence, les lumières éteintes, s’est installé dans l’appartement chaud… 

Et l’armoire a craqué ! 

« Allons ! bon ! qu’é que t’as ? Tu voulais tes chaussures ? Pour aller jusqu’au ciel, il faut donc tant marcher ? » 

Le MARIUS s’en va au fond du placard, là où il range les choses du dimanche. Il en sort une paire…non ! c’est pas les plus belles ! une autre, une troisième…hésite un moment… sort la brosse, le cirage, et vous les fait briller si bien qu’un miroir ne pourrait pas mieux faire. 

Un moment de silence. 

La main posée doucement sur la main glacée de sa compagne, comme pour lui donner confiance en l’avenir, il a laissé ses yeux que la fatigue de ces jours avaient changé en plomb se fermer un moment. Quand il s’est réveillé, le bruit avait monté : c’était le jour de l’enterrement… 

Mais, le soir, au retour, dans l’appartement vide, il a voulu dormir… l’armoire craquait ! 

« J’ai pas su, ma MARIE, trouver ce qu’il fallait !…Il s’est mis à pleurer : elle pouvait plus le voir ! 

Il a bu un canon, un autre, et un troisième jusqu’à ce que le reproche de celle qu’il aime enfin se taise… 

Et tous les soirs durant, c’était la même chose : l’alcool en pénétrant son esprit de coupable lui apportait l’oubli. 

Il est mort, le MARIUS, un jour, sans prendre garde…. 

Son fils a remporté, dans la ferme ancestrale, l’armoire qui craquait dans la chambre inhumaine. 

Il l’a replacée dans son vrai habitat, et le bois qui geignait de trop de sècheresse a cessé de craquer… 

MAIS QUI SAIT SI PEUT-ETRE,DANS SON CRAQUEMENT,UNE AME, DOUCEMENT,  NE SUSSURAIT PAS 

                                      VIENS ! ? ? 

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