La honte!

C‘est l’histoire d’une ville

******De qui nul, jamais, n’avait parlé

******Pour dénoncer décisions viles,

******Jusqu’à cette dernière année.

Les nouveaux élus, édiles,

******Si fiers d’être, enfin, nommés,

******Oyant des idées débiles,

******Pour paraître « in » (non mais!)

Incluant leurs vieilles rancunes

******Dans la ferveur de leur folie,

******Croyant, ainsi être, à la Une

******De sauvagerie qui démolit,

Contre les traces  fortes du passé,

******Dans démolition, se sont lancés,

******Il leur fallait les effacer!!!

******Poète? Voyons! C’est dépassé!

Halte à la vieille culture!

******Les statues sont à démonter!

******Louis Aragon? Quelle injure!

******Au fronton d’école, vous comprenez?

Y a trop longtemps qu’il est mort!

 ******Le nom d’une femme serait mieux!

******Les barbares ont jeté leur sort…

******Honte! Honte! Ignominieux!

 

 

 

Recueil : Feu de joie (1920).

Jours d’hivers Copeaux
Mon ami les yeux rouges
Suit l’enterrement Glace
Je suis jaloux du mort

Les gens tombent comme des mouches
On me dit tout bas que j’ai tort
Soleil bleu Lèvres gercées Peur
Je parcours les rues sans penser à mal
avec l’image du poète et l’ombre du trappeur

On m’offre des fêtes
des oranges
Mes dents Frissons Fièvre Idée fixe
Tous les braseros à la foire à la ferraille
Il ne me reste plus qu’à mourir de froid
en public.

Louis Aragon.

 

Poète : Louis Aragon (1897-1982)

Recueil : Feu de joie (1920).

Soir de tilleul Été
On parle bas aux portes
Tout le monde écoute mes pas
les coups de mon cœur sur l’asphalte

Ma douleur ne vous regarde pas

Œillère de la nuit Nudité
Le chemin qui mène à la mer
me conduit au fond de moi-même
À deux doigts de ma perte

Polypiers de la souffrance
Algues Coraux Mes seuls amis

Dans l’ombre on ne saurait voir l’objet de mes
plaintes
Une trop noire perfidie
L’INTRIGUE (Air connu)
Cette racine est souveraine
GUÉRIT TOUTE AFFECTION

Louis Aragon.

2 Réponses à “La honte!”

  1. renaud dit :

    Supprimer un poète de la mémoire et de l’histoire collectives c’est, ni plus ni moins, se livrer à un autodafé.

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