Veillée perturbée

Douce et calme est la veillée:

Les voisins sont rassemblés.

Les hommes jouent à la belote.

Les femmes, en bavardant, tricotent.

Aucun bruit ne vient de l’étable,

Porte fermée, le chien derrière.

Les gamins roulent sous la table

Derrière une bille de terre.

L’hiver commence à peine.

Les vaches sont accrépées.*                                      *attachées pour le temps de l’hiver

Un léger vent souffle dans la plaine.

Les champs, de neige, sont saupoudrés.

Sur la console une tarte

Attend la fin de la partie.

Léon lance une carte.

Le tour est presque fini…

Brusquement, un bruit dehors!

Charles bondit comme un ressort

Pris d’ineffable panique,

« Les Boches sont là, nous sommes morts ».

Il se saisit d’une trique,

Il cherche des yeux une cachette,

Vite, vite, il se jette

Sous la réserve de paille.

Armand le suit et le rassure:

Ce bruit, ce n’est rien qui vaille:

« La guerre est finie pour sûr

Hitler est mort depuis longtemps. »

C’était ainsi des mois plus tard.

L’angoisse régnait toujours autant.

A l’époque j’étais moutard.

J’en parle encore maintenant.

 

4 Réponses à “Veillée perturbée”

  1. eructeuse dit :

    Merci pour ce témoignage ! Que de dégâts laisse une guerre !

    Dernière publication sur Victoryne Moqkeuz Eructeuse : A l'école du chiffre

  2. renaud dit :

    Gérard, bonsoir
    C’était un peu une veillée d’armes.
    Ce genre de souvenirs est présent en nous même si nous n’avons pas vécu la guerre mais nous l’avons, en partie, connue par nos grands parents et parents..
    Mon beau père était un grand résistant très discret et les rares moments où il se
    confiait m’amenaient des larmes de souffrance et de remerciement.
    Il dirigeait un maquis en Aveyron et le 17 août 1944 30 de ses camarades de combat furent exécutés par les allemands.
    Chaque 17 août nous nous rendons sur place pour maintenir le souvenir et la gratitude.
    Bien à toi.

Laisser un commentaire