L’attente de pied ferme

La nuit était tombée, Marie-Geneviève, toujours dans sa rancœur, avait consciencieusement révisé tous les reproches qu’elle ressassait à l’égard de son mari, depuis leur mariage. Il allait rentrer comme la dernière fois, et ramper à ses pieds pour se faire pardonner.

Cette fois, ce ne serait pas aussi simple : il faudrait qu’il finisse par accepter d’être présent pour soutenir toutes ses œuvres.

L’obliger à avertir ses parents qu’ils avaient « un empêchement » sans même oser leur dire ce qui s’était passé, quelle honte pour elle !

Pour se calmer, elle feuilletait nerveusement une revue de papier glacé sans arriver totalement à lire autre chose que les titres. Il allait arriver «  la queue entre les jambes » … Plus il tarderait, plus elle serait sévère…

L’heure tournait, la nuit printanière commençait à étendre ses ombres. Il n’était pas encore là ? Une petite incertitude se glissa dans l’esprit de Marie-Geneviève… Et s’il était allé se calmer au bistrot comme il le faisait au temps de ses campagnes ? Elle le verrait alors rentrer saoul, peut-être ? Quelle horreur ! Elle avait entendu parler de ces comportements que pouvaient avoir des personnes ivres… Une légère angoisse se fit jour en elle…

Son feuilleton télé lui paraissait fade, elle ne réussissait pas à le suivre.

23 h… L’explication aurait lieu demain, il ne perdait rien pour attendre ! Marie-Geneviève se démaquilla, passa une nuisette qu’elle ne laisserait pas froisser ce soir, et se glissa dans le lit conjugal, lequel lui parut particulièrement large et éteignit la lumière.

Trois heures sonnaient à l’horloge du salon. Marie-Geneviève réalisa que la place à son côté était toujours vide… Serait-il rentré, et, n’osant se présenter dans la chambre conjugale, dormirait-il sur le canapé du salon ? Elle se rendit à la cuisine pour boire un verre d’eau : elle avait la bouche sèche (cela lui permettait, mais elle ne se le serait jamais avoué, de vérifier son hypothèse)… Personne ! L’inquiétude commença à partager son espace avec la colère : cela n’était jamais arrivé… Il voulait jouer à la mauvaise tête ? Elle l’attendrait de pied ferme.

8 Réponses à “L’attente de pied ferme”

  1. X dit :

    Si cette dame était mon amie, je lui dirais :
    - de quel droit tu exiges qu’il soutienne « tes oeuvres », ce sont les tiennes, tu le traites en petit garçon et tu te comportes en adjudant.
    - comment peux-tu imaginer qu’il ait envie de rentrer auprès d’une mégère qui le fait ramper à ses pieds?
    - laisse tes parents à l’écart de tout cela, tu n’as aucun compte à leur rendre sur ta vie de couple et eux n’ont pas à intervenir. Tu dis que tu as un empêchement, point, barre.
    - et s’il était malheureux? Si ses copains lui donnaient plus de chaleur que toi? Estime-toi heureuse s’il revient une fois encore.

    Voilà en gros ce que je lui dirais mais elle ne serait pas en état d’écouter, elle me foutrait dehors.

  2. 010446g dit :

    Comme toutes les enfants gâtées qui n’ont jamais appris que les autres existaient autrement que pour être à leur service…

    Ce sont parfois des hommes qui ont été élevés de la même manière.

    Les relations de domination sont tellement répandues!

  3. reveuse bleue dit :

    Une attente sans attente
    Le vide est au coeur
    Ce qu’on lui laisse cimme place
    Libre, libre l’oiseau s’envole
    Derriere lui sa cage forgee
    Et si il etait partit
    Sur un coin de Paradis
    Enlacer son Ame
    Au sein d’Ange douceur
    L’Etre n’est Qu’a soi
    Le vouloir pantin
    Il se « casse »…

    Douce journee Poete
    Que la liberte soit jolie

    Bisous

  4. 010446g dit :

    En un beau poème, tu as résumé une solution…
    Belle journée à toi.
    Bisous.

  5. Carole dit :

    Pas facile, la vie en couple. J’en connais un certain nombre, de ces Marie-Geneviève.

  6. 010446g dit :

    Toute la difficulté d’éviter la relation dominant/dominé

  7. reveuse bleue dit :

    Le respect…sans respect nul Amour ne survit
    Aimer n’est pas dominer
    Aimer est partage, echange, dialogue, espieglerie, tant et tant de poussieres de respect glissees ici et la au fil d’instants dourire…

  8. 010446g dit :

    tu as tout à fait raison

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