IN ( ?) AC( ?) CIDENT … années 50

 

Il y avait autrefois, pour traverser l’Isère

Un petit pont de bois, tablier suspendu,

Qui ne permettait pas de franchir la rivière

A plus d’un véhicule : le premier rendu

Permettait au second d’avancer à son tour.

Pendant des décennies tout alla sans encombre

Le premier arrivé s’engageait sans détour

A l’autre bout du pont, même en cas de pénombre,

L’autre s’arrêtait,  patientant un moment :

Plutôt que de risquer un plongeon dans le vide

Mieux valait gaspiller  un tout petit instant.

Peut-être que le pont  était assez solide

Pour supporter le poids de deux en même temps

Mais la largeur  étroite du sol à claire-voie

Interdisait c’est sûr le moindre croisement.

Sauf que ce matin-là, arrivant à la fois,

Avec sa « deux cent un », le vieux père Machin

Et en face en « vedette » le gendre de son voisin

« Crédiou !  dit le vieux j’ai priorité d’âge ! »

L’autre, peut-être, avait, d’avance nano seconde…

Ils parcoururent donc chacun, le mi-voyage

Pour stopper nez à nez tout au-dessus de l’onde.

Là, quelques noms d’oiseaux, en vigueur, échangèrent :

« A vous de reculer, moi, j’étais le premier ! 

_ Arrête ! Ca suffit je pourrais être ton père !

T’es jeune, allez recule, j’étais pas le dernier.

_ Ah ! Je n’en ferai rien : pour vous y a que dix mètres !

_ Bon ! Tu n’en feras rien ? C’est ce que l’on va voir ! »

Et le vieux remontant dans  son tacot ancêtre

Recula quelque peu, il fallait le prévoir,

Mais passant la première et moteur emballé

Vint jeter le carrosse à rutilante peinture

En travers du plancher plutôt brinqueballé

Pour se trouver aussi en bien triste posture.

Il fallut la journée avec treuils et grues

Pour  la voie dégager, avant réparation

(Non des deux épaves, mais du pauvre pont)

Voilà donc à quoi mène la bêtise incongrue.

 

  • NOTE : le pont abandonné aujourd’hui figure dans :
  • Base de données internationale du patrimoine du génie civil
  • Voir : structurae.info/ouvrages/pont-suspendu-de-trellins

8 Réponses à “IN ( ?) AC( ?) CIDENT … années 50”

  1. eructeuse dit :

    grue pour bêtise incongrue !

    Dernière publication sur Victoryne Moqkeuz Eructeuse : Un referendum sur les retraites

  2. Elpapet dit :

    Le Pont

    J’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme
    Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime,
    Était là, morne, immense ; et rien n’y remuait.
    Je me sentais perdu dans l’infini muet.
    Au fond, à travers l’ombre, impénétrable voile,
    On apercevait Dieu comme une sombre étoile.
    Je m’écriai : – Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
    Pour traverser ce gouffre où nul bord n’apparaît,
    Et pour qu’en cette nuit jusqu’à ton Dieu tu marches,
    Bâtir un pont géant sur des millions d’arches.
    Qui le pourra jamais ! Personne ! Ô deuil ! Effroi !
    Pleure ! – Un fantôme blanc se dressa devant moi
    Pendant que je jetai sur l’ombre un œil d’alarme,
    Et ce fantôme avait la forme d’une larme ;
    C’était un front de vierge avec des mains d’enfant ;
    Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
    Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
    Il me montra l’abîme où va toute poussière,
    Si profond, que jamais un écho n’y répond ;
    Et me dit : – Si tu veux je bâtirai le pont.
    Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
    - Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : – La prière.

    Victor Hugo

  3. Michèle F. dit :

    Allez, La Fontaine, avouez votre nom!

  4. 010446g dit :

    @eructeuse: c’est tout à fait cela! J’y pense chaque fois que je revois ce pont.

    @elpapet: merci de nous rappeler ce beau poème d’un auteur qu’en plus je vénère très fort. (Tu ne l’as pas choisi au hasard, n’est-ce pas… Mais lorsque la prière réunit les gens, tu te doutes bien que je n’ai rien contre!)

    @Michèle F.: Flatteuse! J’aimerais bien, parfois l’égaler.

  5. Elpapet dit :

    En effet, je trouve fondatrice l’arche de son « anticléricalisme existentiel », favorable aux libertés religieuses et surtout ouvert à silencieuses prières métaphysiques face aux abîmes de notre condition !

  6. 010446g dit :

    A se demander si tu ne nous cacherais pas quelque chose d’autre que ton besoin de randonner… Un philosophe qui ne veut pas être découvert?

  7. elpapet dit :

    Je préfère la musicalité des mots de métonymies à la logique des concepts.
    « elpapet » ne cache rien d’autre qu’un marcheur qui ne souhaite pas divulguer traces de son nom sur le net pour des raisons professionnelles J’aime beaucoup votre manière heureuse d’écrire et serai honoré de m’arrêter vous saluer de tout mon nom un jour en Isère, si vous le vouliez bien.

  8. 010446g dit :

    Pourquoi pas?

    Si vous passez dans les environs de Vinay/chasselay, voire, en été, à Lans en Vercors (de magnifiques parcours possibles) sur le chemin des clapats _ et, dans ce cas vous ne pourrez couper à l’une ou l’autre des histoires que je raconte à ceux qui passent..

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