« Eguer les peilles »

 

 

Dans mon enfance, après le labour, on hersait le terrain en trois fois : une première fois avec la grosse herse triangulaire dont les couteaux attaquaient la crête des sillons, une deuxième fois avec« la griffe »= un engin que d’autres appellent « étripateur canadien », qui remuait plus profondément le sol, venait ensuite le temps de la semaille : mon grand-père, puis plus tard mon père(c’était la prérogative du Maître) déterminait des couloirs à l’aide de jalons de noisetiers, puis il accrochait à son épaule « le sac semeneau » espèce de sac en forme de croissant à bretelle qu’il remplissait de grains de semence et qu’il allait jeter le plus régulièrement possible :un aller retour dans chaque couloir …. Gare à celui qui aurait mal réparti le grain : en levant, cela se serait vu comme le nez au milieu de la figure et tout le monde se serait moqué de lui !  

Pour enterrer les graines, on passait « la petite herse », outil léger qui recouvrait les graines d’une mince couche de terre.

C’est à ce moment-là que ma mère, au temps où elle était valide, intervenait :il n’était pas question pour elle que le terrain emblavé laisse apparaître ici et là des touffes d’herbe qui auraient résisté aux hersages. Armée d’un trident, elle parcourait le labour pour retourner face contre terre toutes ces « peilles »(mottes) insolentes. On appelait ça « éguer les peilles » (répartir les mottes)

2 Réponses à “« Eguer les peilles »”

  1. mireille dit :

    J’imagine les couleurs, l’odeur de la terre, les bruits…Un vrai voyage! Merci Gérard

  2. 010446g dit :

    Ce texte fait partie de ceux que j’ai écrit en pensant à mes petits-enfants ou arrière, s’ils ont envie de connaître un monde …dépassé.

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