travaux ancestraux

  

Moissons 

  

Avant le temps des javeleuses, des lieuses, des moissonneuses-batteuses, chez nous les céréales (juste le necessaire pour la famille) étaient fauchées à la faux. 

Trois techniques étaient, selon la situation, utilisées : 

Pour les orges, l’avoine et les blés courts non versés, la faux était surmontée d’un arçon de métal ou d’un râteau. 

Pour le seigle et les blés hauts ou versés, c’était un vrai travail d’artiste qu’on n’apprenait pas en moins d’une saison : il s’agissait de donner un coup de faux brusque et ramenant la base des tiges vers le faucheur, ce qui les faisait tomber bien parallèles entre elles, et simultanément, d’un mouvement du pied, il fallait réussir à les aligner perpendiculairement à la direction de l’andain. 

Dans ces deux premiers cas, les enfants passaient derrière et armés d’un « daillon »(faucille non aiguisée) ou d’une « ratelle »(petit râteau de 5 dents accrochaient les tiges à bout de bras pour les enrouler en « javelles « (gerbes non liées ) que les femmes liaient à la main avec une poignée d’épis choisis parmi les plus longs(parfois du seigle battu au fléau l’année précèdente). 

Le geste adéquat pour lier fermement et correctement une gerbe ne s’acquérrait pas non plus en un instant. Tout était bien si le blé était propre, mais si l’on avait travaillé la terre trop humide, elle nous faisait cadeau d’une bonne ration de chardons…. Les bras des lieuses étaient, le soir rouges et tuméfiés.Si par contre elle avait été labourée trop sèche, nous avions droit aux coquelicots (>>perte de récolte) ou à la « moutarde sauvage » qui provoquait chez certains des gonflements (on dirait aujourd’hui allergies) 

Selon le cas, si la saison était précoce, les gerbes étaient rassemblées en gerbiers de 200 à 250 gerbes.Seul le maître y officiait : cela relevait à la fois de l’art (on reconnaissait le style de chacun) du rite quasi religieux car il ne fallait pas battre les épis en manipulant les gerbes et de la hiérarchie.Le gerbier attendrait quatre à cinq semaines (pas moins) avant qu’on ne vienne chercher le blé pour le passer à la batteuse. 

  

Si la saison était tardive , on se contentait de dresser les gerbes « en cloches » : 8 gerbes dressées les unes contre les autres en laissant un espace pour la circulation de l’air afin de sècher au plus vite 

Enfin, et c’était assez souvent, alors que le blé était presque mûr, LE VENT SE LEVAIT. 

La panique soufflait dans les fermes : IL FALLAIT SAUVER LE BLE !!! Quelle que soit l’heure tout le monde était sur le champ. On fauchait « à contre-blé » c’est à dire qu’on bloquait les épis coupés contre le blé encore debout afin que le vent ne puisse les emporter. Immédiatement derrière, venait la lieuse qui fabriquait sa gerbe avant de la lier. Les enfants, eux, devaient rassembler les gerbes par tas en forme de croix : les épis au centre , quatre épaisseurs de gerbes en veillant à ne jamais en poser 2 de suite sur la même branche.   

  

Puis venait le temps des battages. Chaque ferme avait sa batteuse. Elle était entraînée à mon époque par un gros moteur électrique, mais on racontait souvent aux veillées le calvaire que représentait avant l’électricité, le « tournage » avec deux vaches liées dont le joug était relié à une grande roue dentée située au-dessus d’elles, et qui, par engrenages faisaient tourner la machine. A force de tourner dans un cercle de trois mètres de rayon, les bêtes étaient folles de fatigue,( de vertige ?) de bruit… et il fallait faire très attention en dételant. 

Le bruit de la batteuse retentissait de ferme en ferme dans la vallée. Trois personnes suffisaient pour ce travail : le « donneur » placé sur le char de gerbes, « l’engreneur » qui d’un geste déliait la gerbe et envoyait par poignées les épis dans le batteur, et, enfin , celui qui devait récupérer la paille… Les deux premiers se trouvant à l’intérieur de la grange avalaient une dose colossale de poussière… le troisième, par contre recevait à l’extérieur la paille battue. Il pouvait, comme elle arrivait lentement faire de petites escapades sous les pruniers qui justement étaient toujours chargés de fruits mûrs…. Voire aller voler un petit bisou à la voisine dont le père occupé à engrener ne pouvait réagir. 

ENSUITE…. 

Vint d’abord le temps des « javeleuses » : sortes de grilles placées sur la lame de la faucheuse… c’est ainsi que les hommes s’assirent sur la selle les enfants ne furent plus indispensables quant aux femmes « leur travail » resta le même, devenu par ce « progrès » le plus dur du chantier. 

Les lieuses ne firent qu’une apparition furtive : en quelques années, le pays est passé de la faux à la moissonneuse-batteuse (qu’il fallait payer parfois plus cher que la valeur du blé) et à l’abandon des cultures céréalières.   

  

Tout cela est loin…mais si un grand malheur s’abattait sur le pays, il faudrait bien retrouver les gestes ancestraux pour survivre ! 

Une réponse à “travaux ancestraux”

  1. moumeolive dit :

    ah! c’etait bien la batteuse,j’ai connue chez ma grand-mere dans mon enfanceet ce jour la , nous les enfants,sachant les adultes trés occuppés,nous en profitions pour faire des bêtises!
    c’etait le temps de l’insouscience!i
    merci pour ton blog,toujours un plaisir de te lire
    bises

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