crimes à Velebeau (fin)

  

Martin est commandant de brigade à Velebeau   

Un homme a été tué dans son secteur… et on a retrouvé la voiture d’un inspecteur de l’Education Nationale dans un gouffre L’enquête s’annonce épineuse. L’inspecteur Hamelin  dépêché pour l’enquête  est reparti , il avait tenté  de rencontrer  Mathurin Gamet, d’interroger sa femme et sa fille .Le juge n’apprécie pas que l’on enquête sur un haut fonctionnaire…Martin sent pourtant bien que Mathurin joue un rôle dans ce crime…Raoul qui a menti sur son emploi du temps paraît hors de cause… L’assistante sociale vient le questionner sur ce qu’il pense des relations entre Mathurin et sa fille , laquelle est enceinte. Il va interroger la mère supérieure de l’internat…le chauffeur du car, les enfants…Elle a été vue courant pour rattraper le car… Germaine Mâtin qu’il n’a pas soupçonnée se suicide. Elle laisse une lettre et son journal 

  

                   17 JUILLET 

  

Cela fait deux nuits que le même rêve revient. Je suis ligotée. On me frappe. Mais moi, je sens monter en moi un extase incompréhensible. Tu es folle, ma fille ! Décidément, tu vas finir à l’asile… Après, je me sens toute molle et je sens mes cuisses qui s’ouvrent au grand écart et je le vois qui vient sucer le sang de mes plaies, glisser sa langue sur les parties les plus sensibles. Je sens ma main qui secoue son manche d’avant en arrière. Je sens un besoin de me jeter à ses pieds et de le couvrir de baisers des pieds à la tête, et même…cette idée traverse mon esprit comme un éclair et je sens ma bouche qui s’arrondit, ma langue s’enroule en gros cigare. Je sens dans ma bouche cet objet dur et doux à la fois et tout mon corps se tétanise, se détend, se tétanise, se détend…je voudrais que jamais cela ne finisse. 

  

                            30 SEPTEMBRE 1939 

  

C’est la guerre. Papa a été mobilisé, mon voisin Emilien aussi. Il neige. On a toutes les peines du monde à faire face au travail et à ne pas laisser crever les bêtes. Plus le temps de penser, plus le temps de rêver. Je ferme mon livre  

  

                                                        17AVRIL 1944 

  

Les Allemands sont là ! Mon père a été embarqué. Ma mère a été embarquée. Je reste blottie au fond du galetas. 

J’entends les soldats qui fouillent la maison. Ils sont même venus remuer les objets près de la caisse où je me trouvais. La nuit est tombée. Je n’ose pas bouger. Finalement, je descends l’escalier. Un soldat boche est là. Il me regarde avec des yeux brillants. Il braque son pistolet sur moi. Il s’approche. Il m’entraîne dehors sans un mot. Il a une corde dans la main. Il me met un mouchoir dans la bouche. J’étouffe. Je sens qu’il attache ma main droite. Il m’entraîne comme un chien. Il s’arrête dans la haie. Il attache la corde à une branche, il tire. Je suis presque suspendue. Il passe la corde sur une autre branche, il attache mon autre main. Je suis comme écartelée. 

Alors, il sort de sa ceinture une cravache, et, méthodiquement, il se met à me frapper sur tout le corps. Mes vêtements sont bientôt en lambeaux. Il arrache ma jupe. Je sens qu’il enfonce sa cravache dans mon ventre. Il se glisse derrière moi. Il crache entre mes fesses, et là il s’enfonce avec une violence épouvantable et pan ! et pan ! et pan ! je ne suis plus qu’un cratère de douleur. 

Au bout d’une éternité, enfin, il se retire, me détache, prend mes cheveux, ôte mon bâillon, et m’oblige à lècher ma merde sur son membre. Toujours sans rien dire, il me traîne par les cheveux jusqu’à la maison et me jette sur le plancher où je reste là pendant des heures, terrifiée, honteuse, souffrant le martyre, à moitié évanouie. 

  

  

  

                                                                           19 MAI 

  

Il est revenu !J’étais comme paralysée. Cette fois, c’est entre les roues d’un char qu’il m’a attachée. Et il a frappé, frappé encore sans un mot. Sales boches ! Si je pouvais ! Encore une fois, il m’a obligée à le lècher. J’en ai la nausée. 

                                                                           10 MAI 1945 

  

Une bande d’énergumènes a fait irruption dans la maison. Il avaient un bandeau rouge au bras. « SERVICE D’EPURATION » qu’ils ont dit. « On vient s’occuper de celles qui ont fraternisé avec l’ennemi » 

Et, avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, ils m’ont entraînée jusque sur la place de VELEBEAU. Ils m’ont mise à califourchon sur une chaise et ils m’ont tondue. 

C’est là que je l’ai vu. Il était leur chef. Son bandeau au bras, il s’est approché de moi pour me cracher : « Comme ça tu ne te vanteras pas de ce que tu as fait sale putain ! » Il……n’avait pas l’accent allemand ! 

  

  

  

  

  

  

  

  

 

                                                                           20 AOUT 1945 

  

On m’a dit que je m’étais évanouie. Je me suis retrouvée chez moi. Il paraît que c’est l’Emilien qui m’a ramenée… Plus personne ne voulait me parler… Le 14 AOUT, j’ai essayé d’aller me confesser, mais la vieille Toinette méchante comme une sorcière était là avec toute une série de bigotes pour répéter les chants de la messe du lendemain. Elle s’est levée et a dit très fort : « Y a pas de place pour les dégénérées dans l’église du BON DIEU. JESUS a accepté les prostituées, mais pas les traîtres. Va te pendre, JUDAS en jupon ! » 

Le curé m’a regardée et il n’a pas dit un seul mot. 

Il est venu trois jours plus tard à la maison. « Mon enfant, DIEU peut tout pardonner, confessez vos fautes et repentez-vous » 

J’ai pris la fourche qui ne quitte plus l’angle de la porte. Je la lui ai   

brandie sous le nez, et il est parti en courant comme s’il avait rencontré SATAN EN PERSONNE. 

J’ai rien à me reprocher dans cette histoire. On m’a violée, battue, humiliée publiquement à tort…COMMENT LEUR FAIRE COMPRENDRE ? ? ? 

Papa a disparu en Allemagne, maman est morte selon une lettre d’un maire d’Alsace où elle était internée par les boches.Ma sœur ainée est partie en 42 et je n’ai plus de nouvelles. Je suis seule avec ma haine. 

Il a bousillé ma vie ! ET UN FRANÇAIS ENCORE ! !Si ç’avait été un boche, encore, j’aurais compris : c’était la guerre !Mais là !… 

Pas possible de savoir quoi que ce soit : les gens ne me parlent pas. Si je le retrouve ! ! ! 

  

         22 FEVRIER 1982 

  

CA Y EST ! ! ! Je sais qui il est. Il est venu inaugurer la nouvelle école de
La Carpe. Il a vieilli, c’est sûr, mais je l’ai bien reconnu. Ces yeux de sadique ! Il a eu un petit sursaut en m’apercevant, puis il continué sa discussion avec le Maire. C’est lui qui a fait le discours au nom de l’Académie. C’est l’Inspecteur des écoles. Il est beau leur inspecteur ! Que puis-je faire ? ? 

En un instant, tout est remonté à ma mémoire et j’ai senti une envie de vomir. 

Des gens ont pensé que j’avais bu, mais tant pis pour leur bêtise ! 

De nouveau, je n’ose plus sortir. Je sens
la HAINE qui monte en moi. 

Si je le rencontrais, je serais capable de le mettre en pièces avec mes ongles. 

  

                   28 OCTOBRE 1983 

  

Je suis arrivée trop tard. 

J’ai entendu crier sur le chemin plus loin. Sans réfléchir, j’ai pris la hache à fendre de Mathurin et je me suis avancée. 

Y avait là une voiture arrêtée, et, sur le siège arrière un type qui violentait une fille. Je me suis approchée, la hache levée et j’ai crié : « ARRETEZ ! » 

Il s’est retourné. Je l’ai reconnu : C’ETAIT LUI ! ! ! 

La fille s’est sauvée, et moi, j’ai plus rien su. La hache a frappé, frappé, frappé, la tête, le ventre, les couilles, jusqu’à en faire de la bouillie. C’était toute ma vie tuée qui s’exprimait. La portière arrêtait parfois le coup, mais on aurait dit que la hache frappait toute seule ; et c’est au moment où le manche s’est cassé que j’ai entendu Mathurin me dire : « Eh ! Germaine ! Qu’est-ce que t’as fait ? » 

  

C’est là que j’ai su que c’était la petite Adeline que ce salaud forçait. Elle était arrivée chez elle toute ensanglantée. 

Mathurin a dit : « Faut pas qu’on le trouve là ! » 

Alors, il a appelé l’Emilien. Ils ont tiré le corps le plus loin possible pour faire croire qu’un engin lui était passé dessus. Après, ils ont voulu jeter la voiture dans le gouffre Repet, mais, pas moyen de la faire disparaître complètement. Il pleuvait, ça glissait, ils auraient pu se tuer. 

J’ai mis à tremper mes vêtements. Tout était rouge, mais je me sentais délivrée. Je me suis dépêchée de tout laver. Le brigadier a bien eu un air un peu curieux en regardant ma lessive, mais il s’est douté de rien. 

L’Emilien ne dira rien : ça fait cinquante ans qu’il se tait. Mathurin ne dira rien : il m’est reconnaissant d’avoir vengé l’honneur de sa petiote. 

  

Mélanie arrête pas de pleurer. Adeline, elle reste couchée et ne veut plus parler à personne. 

Jusqu’au bout, il aura fait du malheur. Je suis peut-être une criminelle, mais je me sens toute propre. J’ai payé avant : trente-huit ans d’humiliations injustes ! 

  

                            17 JUIN 1984 

  

Ca y est ! Je pensais que l’affaire était enterrée…mais il a trouvé. Lui, c’est le brigadier Martin. Oh ! il a fait semblant de croire à un homme, mais j’ai compris ce qu’il voulait me dire. 

J’aurai eu sept mois où j’aurai pu vivre ma haine assouvie. Je peux partir. Dommage qu’il ait réussi à briser la vie de la gamine. C’est mon seul regret : ne pas l’avoir tué assez tôt ! 

  

  

  

  

 La lettre 

  

  J’ai pas envie d’aller en prison. L’inspecteur des écoles, c’est moi qui l’ai tué. C’était une ordure qui avait bousillé ma vie. J’irai peut-être en enfer, mais ça sera pas pire que la terre ! Ca peut pas ! 

Je dis adieu à Emilien qui a toujours été bon pour moi. 

                                                                 Germaine Mâtin 

  

  

  

  

  

  

  

  

Martin referma le journal, le glissa dans une enveloppe. 

Inutile de remuer la boue. Il y en avait bien assez. 

  

Personne ne comprit pourquoi il vint déposer une gerbe sur le cercueil d’une ancienne tondue que n’accompagnaient que Mathurin, Emilien, et Mélanie. 

  

A celui qui l’aurait questionné, il aurait pu répondre : «  

« CEUX QUI DETRUISENT LES ORDURES PEUVENT BIEN ETRE DECORES » 

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