La pensée divergente

Avant même mon apparition, mes parents étaient sûrs que le bébé qu’ils attendaient était une fille… C’est sans doute pour cela que mes premiers langes furent roses, couleur que j’ai aimé toute ma vie. 

Peut-être que c’est pour cela que ma partie féminine est plus développée que chez d’autres… Enfant, je me sentais très bien avec les femmes : les jeux de main, les violences, les genoux couronnés ou les nez écrasés , ce n’était pas pour moi. Très tôt, j’ai appris avec délice, à tricoter, et pas peu !! Je tricotais des maillots de corps en coton… pour qui connaît le temps nécessaire à une réalisation de ce genre, ma persévérance ne sera pas douteuse. A l’école, au lieu d’aller taper dans un ballon ou me bagarrer avec les autres garçons, je préférais me blottir tout contre le groupe des grandes filles que je couvais d’un regard amoureux (elles avaient facilement 6 à 7 ans de plus que moi). J’étais fasciné par contre par les minuscules mécanismes des montres et une vieille horloge dont la cloche sonnait encore quand on la secouait me ravissait. Plutôt que le travail de muscle du terrassier j’aurais préféré la précision de geste de l’horloger si celui de chez nous ne m’avait expliqué que l’avenir était à l’électronique… 

A mon père qui ne voyait que par sa fille, née deux ans après moi, je préférais mon grand-père, calme et posé tant que l’âge ne l’a pas diminué et surtout ma mère qui me donnait une douceur que mon père et mon oncle, les hommes voisins jugeaient déplacé à l’égard d’un garçon. Les quolibets : « ce sera un jean-fille » « il restera vieux garçon » fusaient souvent. Le culte de la chair à canons était très fort. J’encaissais sans être beaucoup plus perturbé car j’avais une capacité à m’évader dans d’autres mondes qui leur étaient tout étrangers. L’institutrice s’en plaignait : « Gérard rêve tout le temps ! » ce n’était pas que mon travail n’était pas fait, mais il me fallait le temps de lorgner d’un œil énamouré vers les grandes ou d’imaginer d’autres solutions que celles que le manuel proposait comme

LA VERITE. Je me souviens , pour les vases communicants, avoir choqué parce qu’au lieu de dire que la cafetière dessinée avec un bec trop court ne pourrait pas être remplie totalement j’avais dit qu’on n’avait qu’à la boucher. Je me plaçais déjà dans la pensée divergente. Je n’ai jamais cessé. Cela n’a jamais plu aux tenants des catéchismes qu’ils soient religieux, politiques ou pédagogiques 

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