République d’enfants

France 3 va nous proposer un film sous ce titre… Beaucoup y verront une fiction … Mais les républiques d’enfants ont existé. J’ai eu l’occasion de connaître un des créateurs de ce type de structure…

Le « Patoche » et la « Mamoche » étaient instituteurs… Très touchés par la détresse des enfants  réfugiés , fuyant la cruauté du sanguinaire ordonnateur du massacre de Guernica , ils en avaient accueilli un, deux, beaucoup… dans des conditions premières très précaires : une grange d’abord, que petit à petit ils ont transformée en un lieu habitable, dans une ambiance de vraie autogestion .

Appelé à encadrer une classe de neige près de La Mure, dans des locaux qu’ils avaient créés, puis, les besoins ayant diminué, mis à disposition pour des classes transplantées, j’ai beaucoup appris chez eux. Que là soient mes remerciements et mon admiration!

Ils ont réveillé ,en moi , cette idée qui va accompagner toute ma carrière: il faut apprendre aux jeunes à s’organiser à leur niveau, pour mener à bien ENSEMBLE des projets qui sont les leurs… Réveillé parce que la coopération me tracassait depuis longtemps: j’avais obtenu pour prix d’une étude faite sur les SCOP (vous savez, celles dont parle beaucoup un jeune député de Bourgogne aux dents longues ) un voyage de découverte de réussites de ce genre.

Depuis donc, j’ai été militant de la coopération à l’école, pas ce genre de truc où les ADULTES décident de demander (rançonner?) aux parents de l’argent chaque mois pour une fin que LES ADULTES toujours eux ont décidé « d’offrir » aux élèves, non! La coopération dans ma classe, c’était d’abord la recherche de projets réalisables par les ELEVES avec le concours bienveillant du maître. Cela n’était pas forcément coûteux, mais cela donnait lieu à des discussions ordonnées respectueuses de l’autre autour de divers projets présenté, à l’élection d’un bureau pour le mener à bien, ce bureau ayant une durée limitée au temps de la réalisation….En ces temps d’élections, c’était tout un programme de l’instruction civique par action qui était mis en train… Certes, cela n’a pas toujours plu à tout le monde: COMMENT? demander aux élèves de faire des projets! C’est bien plus simple de… ETC…ETC… Ca, c’était la voix des collègues… PERDRE SON TEMPS A DISCUTER au lieu de TRAVAILLER! (les parents) et pire quand, en 1971, les élèves votent le nettoyage des rives du ruisseau qui traverse le village (aujourd’hui cela serait « dans le vent!! ») ils s’organisent, la présidente va voir M. LE MAIRE qui la reçoit chaleureusement, il s’engage à faire passer le camion des poubelles tout de suite après cette leçon de « morale en actions », le secrétaire demande à son voisin paysan s’il accepterait de donner ses vieux sacs d’engrais … Trois séances sont prévues…Première séance sans problème ou presque: une paire de chaussettes mouillées… Tout baigne?

Deux jours plus tard, M. LE MAIRE se déplace au soir jusque chez moi: « Je suis bien ennuyé… On m’a apporté une pétition contre votre opération… Une maman a même prétendu que les enfants risquaient d’attraper toutes sortes de maladies en fonction de l’endroit que vous avez choisi (une centaine de mètres en aval d’une bâtisse habitée par des immigrés!?!) IL FAUT ARRETER! »

Lendemain matin, j’explique aux élèves ce qui s’est passé… Nous ne pouvons pas continuer … discussion vive…Un garçon explique: »c’est ma mère, elle n’a rien compris! »  QUE FAIRE? Je suggère de réfléchir : un autre lieu peut-être… Le plus grand nombre est furieux. La pétition est signée de parents dont l’enfant n’est pas dans la classe, des parents de la classe ont approuvé… DILEMME

Lundi suivant, la présidente ouvre la séance en disant « j’ai une proposition à faire :en choisissant de nettoyer l’Ozon, nous avons fait la même chose que ce que M. LE MINISTRE a proposé dans l’opération « vacances propres »… nous avons essayé, nous n’avons pas pu finir, mais nous allons lui expliquer ce que nous avons fait » A l’unanimité la décision est prise… Un compte-rendu est rédigé… et envoyé directement à MONSIEUR D’ORNANO alors ministre de l’environnement…

Un calme relatif va suivre… Jusqu’à ce matin de mars 4 mois plus tard où M. L’INSPECTEUR me convoque pour m’expliquer sur mes leçons bizarres de morale… J’ai du mal à comprendre de quoi il veut parler tout d’abord… VOUS SAVEZ QU’IL EXISTE UNE VOIE HIERARCHIQUE????      _ BEN…M. l’inspecteur , la voie hiérarchique , elle me concerne…j’aurais peut-être du… je n’y ai pas pensé…. C’était la coopérative…            OUI! EH! BIEN MOI JE SUIS BIEN ENNUYE: M. LE MINISTRE envoie le délégué regional à l’environnement rencontrer vos élèves, et il me DEMANDE DE L’ACCOMPAGNER!  (sourire) nous viendrons donc vous voir vendredi à 16h.

Vendredi 16 heures:

toute la classe au « garde à vous » voit arriver M. LE MAIRE

M. L’INSPECTEUR

M. LE DELEGUE REGIONAL A L’ENVIRONNEMENT…

« Les enfants, MONSIEUR LE MINISTRE A PARTICULIEREMENT APPRECIE VOTRE ATTITUDE  …. je suis chargé de vous transmettre ses félicitations. »

 

OUF!

 

 

Je ne suis que l’OZON
Dont la source murmure
Dessous les frondaisons
De la verte Nature
Mon onde s’écoulait
Au regard de MERCURE
Comme un bienheureux lait
Nourrissant les pâtures
C’est mon lit où jadis
GUILLAUME DE CHANDIEU
Allait parmi les lis
Patauger tout heureux
Entre les cressonnières
Où venaient s’accroupir
Les belles jardinières
En poussant maint soupir
….Mon eau roulait limpide
Insouciante et rapide
Caressant les galets
Coulant dans les goulets.

Au nom d’un dit « PROGRES »
Mes moulins se sont tus
Et en passant tout près
Je ne les entends plus
Les oiseaux autrefois
Egayaient la forêt
Je n’entends plus leur voix
Dans le fond du marais.
LA truite aussi a fui
Chassée par les engrais
Il me reste aujourd’hui
Bien peu de mes attraits
Et dans un doux murmure
Ma source en vain susurre
« Je ne suis que l’OZON
Tué par les poisons »

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