Veillée d’autrefois en Vercors

 

 

(et à Autrans en particulier)

Enfin, les seaux vidés, lavés après la traite,
Les râteliers bourrés, la quiétude des bêtes,
Ils ont pris leur manteau et se sont dirigés
Vers la ferme voisine pour passer la veillée.
Malgré le froid, la neige, la chaude atmosphère
Des voisins rassemblés au creux de la chaumière
Va réjouir le cœur le temps d’une soirée.
Les hommes ont pris place autour d’un jeu de cartes.
Les enfants agités se chamaillent et s’ébattent.
Le chien est dans un coin , allongé, d’un air las.
Les femmes ont sorti leur tricot du cabas.
« Vingt de trèfle, deux cents, quarante de binage »
On parle de la neige, des bêtes, du village
En énonçant les points, les annonces, les plis.
On tourne, on distribue, on discute des prix,
On raconte l’histoire mainte fois ressassée
De ce FRANCOIS CAILLAT qui faisait que passer.
On parle de magie et de vieux sortilèges
De sorciers dangereux en se tendant des pièges.
« Je coupe et je rejoue, à toi, prends si tu peux !…
Celle-là, le beau gosse, il en fait ce qu’il veut. »
Les femmes dans leur coin font trotter les aiguilles
En racontant entre elles des histoires de famille.
Et lorsque les enfants cessent d’être bruyants,
Sur une couverture, ils s’endorment un moment.
Sur le coup de dix heures, on s’ébroue quelque peu
On s’en va à l’étable pour inspecter les lieux.
Derrière chaque bête on se croit à la foire
C’est fou comme les vaches suscitent des histoires
Car la vue de chacune rappelle une anecdote
Souvenir de charrue , de foin, de blé, de botte.
On estime les poids, on jauge la rudesse,
On chante les louanges, on vante les prouesses.
On regarde les veaux qui croissent lentement,
On caresse les chèvres qui bêlent bruyamment
Et puis on s’en revient dans la chaude cuisine
Où la table est dressée. Poliment on fait mine
D’en être étonné, mais on s’assied bientôt
Pour ensemble souper :repas léger mais chaud,
Si chaud de l’amitié :un peu de saucisson,
De tomme, du pain gris, un morceau de jambon
Coupé le long de l’os, une pomme, une noix,
Un peu de confiture…Puis on croise les doigts
Sur le ventre repu…et puis on parle encore
De ceux qui ne sont plus, des vivants et des morts,
De ceux qu’on aime bien, de ceux que l’on redoute
Et de ce que l’on craint….
Retour au froid, ça coûte
Lors on retarde un peu le moment où rentrer
Dans la noirceur hantée, sur le chemin feutré
Par la neige amassée de la fraîche tempête.
Allons ! Debout ! Il faut finir la fête…
Pour se donner courage en marchant dans la nuit,
On chante une chanson oubliée aujourd’hui
Et l’on entend là-bas, loin dans l’obscurité
Des voix qui vous répondent, comme écho répété.
Malgré le froid, la neige, la chaude humanité
Rayonne dans le noir par les refrains portée.
Et c’est tout entouré de la communauté
Que l’on rejoint le toit depuis le soir quitté
Pour trouver, ô délice !Dans les bras de MORPHEE
Un bon sommeil de juste, de paix, et d’équité. 

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