Dépendance…

26 octobre 2020

Lorsque j’étais jeune,

Fierté de coq peut-être

Au travail à me mettre

Et dans tous les domaines

Je n’avais aucune peine.

La faux, la houe, la bêche,

Aiguille, marteau, alène,

Réparer la calèche,

Prendre en main la truelle,

Ce n’est pas être rustre!

Manier pioche et pelle

Remuer le béton,

Couler de beaux balustres,

Réparer la maison,

En changer la déco…

Aussi régler delco

Démonter une boite

Trouver dans les rouages

Où est la dent qui boite

Sans vouloir faire ombrage

A l’ébéniste artiste

Scier, poncer, assembler,

Le bois qui, sec, est triste

Sans chercher à égaler

Le maître-forgeron

Sur le plat de l’enclume

Sortant du feu qui fume

Redresser un gond…

 

Maintenant, je suis vieux

Appeler l’artisan,

Il paraît qu’il vaut mieux

Supporter ses caprices

Et ses atermoiements

Fermer les yeux sur vice

Se taire comme un vieux con…

On me dit que c’est BON!

Radotage… puisque c’est la saison…

26 octobre 2020

 rayon boisson

18 février 2011

Il y avait autrefois, dans la région de VIENNE, un homme fabuleusement riche. Il avait parcouru toutes les mers du monde, pillé mille contrées, coulé mille bateaux emmené avec lui des centaines d’esclaves.
Un jour fatigué par autant d’aventures,, il avait décidé de s’installer dans un endroit discret où ses ennemis ne pourraient pas le retrouver. Abandonnant son navire de corsaire, après avoir passé le détroit de GIBRALTAR, il s’était rendu maître en MEDITERRANEE de cent barques à fond plat, de mille cinq cents chevaux dans les plaines de CAMARGUE et de CRAU. Puis il avait remonté à contre-courant le RHONE pour chercher dans les lônes un lieu qui soit propice à son propre repos et à tous ses délices.
Son palais était digne des « mille et une nuits » :deux cents lustres de diamants pendaient des plafonds d’or. Des vitraux de rubis, d’émeraudes et de pierres précieuses éclairaient sa grand’salle. Il pensait vivre heureux. Ses esclaves soumises offraient à tous ses sens des extases exquises. Cependant, l’âge vint où il se rendit compte que pour lui succéder, il n’avait pas d’héritier. Rompant avec ses amours ancillaires, il décida un jour qu’il pourrait prendre femme. Il fit donc publier mille lieues à la ronde qu’il épouserait celle qui saurait faire surgir en lui une émotion que sa vieille expérience n’avait encore connue.

Aussitôt accoururent et ce, de tous côtés, de rapaces donzelles aux doux yeux de gazelles…Malgré tous leurs efforts, aucune ne convint. On fit venir pour lui des péripatéticiennes expertes dans les tours du plus humble au plus fou…Aucune n’arriva à étonner le maître dont l’exigence était bien au-delà de tout !…Vint le tour des bergères aux douces toisons de laine, au lait quelque peu cru et au fumet typé…aucune…aucune…aucune n’arriva à provoquer l’émoi !
Dans son coin, en silence, la très douce SARAH que le maître avait un jour arraché à son berceau observait les manœuvres et chaque manigance espérant en secret que, fatigué, enfin, le maître se réveille et reste sur son sein !
Mais voilà qu’au bout de dix ans de recherches aussi vaines qu’ardues, deux serviteurs trouvèrent et presque en même temps, une belle donzelle qui n’avait pas encore tenté auprès du maître d’obtenir la faveur. La première était née au nord de
la SUEDE. Blond-paille, ses cheveux s’étalaient doucement sur ses épaules blanches, à la peau veloutée. Son corps était immense, et ses yeux de poupée brillaient d’intelligence. La deuxième était noire comme jais. Ses yeux sous ses paupières sans cesse étincelaient , ses formes étaient pleines comme grenades mûres et ses dents scintillaient comme autant de diamants.
Toutes deux arrivèrent au palais en même temps.
On leur dit qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient, pourvu qu’enfin le maître soit enfin satisfait.
Dédaignant l’une et l’autre, les armes de l’alcôve, chacune s’en alla sur les côteaux du RHONE, en recherche peut-être d’une idée inédite.
La première trouva sur le flanc d’une roche, une vigne pulpeuse aux grains ronds et dorés, et dont le goût exquis, aussitôt lui donna à penser qu’aucun vin jusque-là n’avait pu exister. La deuxième se frayant un passage dans les ronces, découvrit un lopin abandonné des dieux où pourtant malgré tout, en tendant haut les branches, un cep réussissait à porter une grappe. Le raisin était noir, aussi noir que la fille. Son jus en était âpre, mais laissait dans le fond du palais une onde de bonheur à qui l’avait goûté.
Toutes deux de descendre en courant, de mettre à fermenter en secret la cueillette afin de présenter au plus tôt au grand maître le breuvage inédit qu’il espérait peut-être….et la douce SARAH dont nul ne se méfiait, regarda de très près ce que faisaient les belles…

Après que le breuvage fût enfin obtenu, on fit une fête de liesse populaire pour présenter au maître cet essai de lui plaire. Par le fond de la cuve, la blonde enfant tira dans un bol d’or un liquide doré comme soleil qui, par son seul parfum enivrait l’assistance…Par le haut du tonneau, la noire demoiselle retira un calice de liquide de sang que le diable lui-même s’il en eût absorbé en fût devenu bon et doux comme un enfant.
Les fifres et tambours se mirent de la fête. Chacun était certain qu’ayant goûté aux deux, au matin, le maître parlerait. Cependant que partout on entendait des chants, le maître s’enferma avec les demoiselles.
Il goûta en premier au breuvage doré, et d’une goutte seule se trouva enivré.
Il goûta ensuite au breuvage de sang…son sang ne fit qu’un tour :il était étonnant !
Cent fois, il se reprit, goûtant l’un et puis l’autre, sans jamais, non jamais pouvoir se décider…Il oublia ainsi de sonner les servantes pour changer les chandelles qui brillaient sur les murs…Une à une, les flammes s’éteignirent…le choix n’était pas fait !
Le noir tomba, complet.
C’est alors qu’en prenant un bol qu’on lui tendait, sans savoir dans le noir qui en était la mère, le maître eut l’EXTASE : celui qu’il attendait ! De sa main de pirate réveillée par l’alcool, il se saisit du bras qui l’avait tant comblé.
« DES LUMIERES ! cria-t-il MA FEMME EST DESIGNEE »
Et quand on alluma les cent mille chandelles de la chambre embaumée par le breuvage enchanté, le palais tout entier en resta bouche bée en voyant que le maître tenait en sa main droite, non la blonde cendrée des neiges suédoises, ni la noire brûlée des déserts africains….mais la douce SARAH toujours si effacée.
Elle seule avait su, avec à propos , du reste des breuvages préparés par les autres créer un nectar inspiré par les dieux.
Magnanime, elle permit à ses deux concurrentes d’aller à tout jamais cultiver sur les pentes la vigne que chacune avait un jour trouvée.
C’est ainsi, messieurs-dames, qu’encore de nos jours, sur les flancs des côteaux, vers AMPUIS, près de VIENNE alternent des raisins dorés ou bien vermeils qui donnent au palais l’impression de merveille :
C’EST
LA COTE ROTIE ! ! ! !

La fontaine de discorde

26 octobre 2020

Quand Jules arriva chez lui

Il fut quelque peu surpris

L’eau, au triomphe de son bassin

Ne coulait plus, s’était tarie.

Jules décida que demain

Il grimperait jusqu’à la source…

Pour ce soir, trop longue course.

Au matin Jules gravit

La pente d’un pas assuré

Sûr qu’une feuille, à son avis

La crépine avait bouchée

Au sommet, grosse surprise

L’orifice était bien libre

Pas un caillou, pas une fibre

Et l’eau entrait avec prise…

Depuis un siècle et demi

Autour de cette fontaine

Déprédations par centaines

Avaient motivé plaintes et avis

Détournements subreptices

Coupures intempestives

Des obturations par vice

Des erreurs plutôt nocives.

Suivant le cheminement

Des tuyaux d’amenée d’eau,

Il découvrit subitement

Un trou pour l’heure assez gros

D’un franc coup d’objet tranchant

La conduite était coupée,

Et même était amputée

D’un bon mètre apparemment.

Jules aura beau chez les gendarmes

Aller déposer plainte dûment

Il en restera pour ses larmes:

La boue par la suite ayant

Obturé toute la longueur

Réparer l’idiote erreur

Provoquée par un ignorant

Sera travail de Titan.

 

Un passager sans ceinture!

24 octobre 2020

Dans les Monts du Lyonnais

Tranquillement, la voiture circulait .

La conductrice au volant

Repéra subitement

Un être visiblement en ribaude

Installé sur le bas-côté.

Le caressant de sa main chaude,

Elle découvrit son identité

Montez! Lui dit-elle, montez!

Je vous ramène chez vous

L’autre à la place du passager

Se montra compagnon doux…

Pas de képi à l’horizon,

De ceinture ne mit point

Comme si un chien, voyons,

Avait à prendre ce soin!

 

Méfiez-vous des chiens

23 octobre 2020

On ne sait jamais ce qu’ils comprennent

En surprenant  des conversations:

J’en veux pour preuve cette chienne,

Curieuse conception,

Qui, contaminée par le virus écolo,

A mis au monde un vert chiot.

Même, ils suivent la télévision…

Nous sommes dans l’Isère

Ce soir, Jazz,* je ne le voyais guère                *mon chien

Fugue sous la pluie? Drôle d’occasion…

Il est rentré bien tard!

Pensez! Si je lui ai fait la morale!

Partir sans avertir, c’est très mal!

Pour expliquer son retard,

A argué qu’avant le couvre-feu

Il avait voulu faire la fête… un peu.

 

 

Grave crime!

22 octobre 2020

Elle commet, l’école de France

Le pire crime chaque jour

Avec une certaine dose d’humour

Elle fait le pari de l’intelligence.

C’est sûr que les esprits obtus

Ne peuvent pas supporter

Que l’on invite à se poser

Questions en voilà, en veux-tu!

Les encombrés de la soupière

Qui n’ont que neurones figés

Ne peuvent, sûr, le supporter

Ensevelis dans leurs prières.

Tolérer l’homosexualité

Quel forfait inexpiable

Oser une idole dessiner

Voilà pour eux ce qui est pendable!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est dérangeant d’être bon prof

21 octobre 2020

 

C’est dérangeant d’être bon prof…

Prêts à sauter sur l’occasion,

Beaucoup se répétaient « bof!

Il connaîtra désillusion ».

 

C’est dérangeant d’être bon prof,

Alors beaucoup sont aux aguets,

Jeunes préférant  classe à la teuf?

Malheur pour tous les badinguets!

 

C’est dérangeant d’être bon prof,

Ca crée, bien sûr, des jalousies,

Car l’enthousiasme qui chauffe,

Ca gêne même les hiérarchies.

 

C’est dérangeant d’être bon prof,’

Ca fait oublier les gourous,

Qui étudient à chaque strophe,

Le moyen de vous mettre à genoux.

 

Si dérangeant que certains

Saisissent des occasions,

Avant que les assassins

Prennent horrible solution.

 

 

 

 

 

 

 

C’est horrible d’être bon prof

Décapité malédiction

 

 

Merci à mes visiteurs

20 octobre 2020

Oh! la grosse surprise! Vous fûtes 707

Devrais-je trembler? Puis-je faire la fête?

A visiter hier mon radeau qui radote…

J’ignore si ce fut joie, crainte, colère ou suspicion…

Aurais-je secoué quelqu’Administration?

J’espère que vous avez préparé l’antidote

Si vous l’avez trouvé comme un fatal poison.

En tous cas, bien merci: je me sens très flatté!

Récompense…

20 octobre 2020

Je vous parle d’un temps

Que bien peu de gens

Ont vraiment pu connaître.

L’école avait des Maîtres

Formés en internat

Avec dix ans de contrat

Issus de pauvre milieu…

Mais bientôt les enfants

Devinrent si nombreux

Qu’il fallut des enseignants

Embauchés « sur le tas »

Pour les former au mieux,

Désignés par l’Etat,

Des Maitres plus vieux

Devinrent conseillers…

Adjoints des inspecteurs

Ces braves délégués

Mettaient leur ardeur

Dans l’aide aux débutants…

Ah! Oui! Mais cooptés

Ils jouaient quelquefois

Des rôles insoupçonnés…

(Séides de bonne foi?)

Un inspecteur, un jour,

De sa hiérarchie, détesté,

Se vit dans ce tour

D’un détracteur lesté.

« Chut! Susurrait-il,

Dans la circonscription

Il se croit très subtil

Il est vraiment zonzon »

Après avoir miné

Sans le moindre honneur

Tout un temps, l’autorité,

De son inspecteur.

Pour le remercier

Le drôle fut nommé

Contre toutes les lois

… DEVINEZ QUOI!

 

radotage: séisme pédagogique

20 octobre 2020

Séisme pédagogique

Louis monta dans sa deux CV , dans le brouillard du matin. Il sortit du lotissement, légèrement inquiet : il savait qu’un coup tordu avait été fomenté. Cette convocation comminatoire, URGENTE, par lettre recommandée, s’il avait pu la recevoir, c’était par un curieux concours de circonstance : il ne devait pas rentrer la veille avant le soir, mais les parents avaient fait grève… Sans élève pas de classe…Il était rentré manger chez lui et avait trouvé à midi l’avis de passage du facteur . Personne l’après-midi, il était rentré avant cinq heures, pour chercher cet objet recommandé…Il était convoqué le lendemain à 9 heures (sans ces circonstances favorables, il savait qu’il n’aurait pas eu le fameux document, et il se doutait bien que c’était largement prévu, prévue aussi l’intervention de la gendarmerie pour l’emmener sur le lieu du rendez-vous où il ne se serait pas rendu, puisque pas prévenu)
Louis traversa le village, s’engagea sur la nationale, négligea l’autoroute, traversa ST FONS.
Le long mur de l’établissement s’allongeait au bord de l’avenue. Louis en repéra l’entrée, mais ne s’y engagea pas. Il se gara à moitié sur une entrée de villa, laissant un large passage, mais gênant légèrement. Il avait eu le temps de cogiter toute la nuit. Les heures qui allaient suivre risquaient d’être dangereuses. Sur le siège, bien en vue, il posa une enveloppe en kraft avec un papier qui dépassait. Il ne ferma pas la voiture, claqua seulement la portière, et revint vers le portail où il était convoqué. Il était 8 h45. Une longue allée d’arbres le conduisit jusqu’à l’accueil où il présenta sa convocation…
On le conduisit jusqu’à une salle d’attente, où il resta peu de temps : un monsieur jeune à lunettes, l’emmena dans un bureau. On le pria de s’asseoir, ce qu’il fit bien calmement… (à suivre)

Cet article a été posté le Jeudi 22 mai 2014

On le pria de s’asseoir, ce qu’il fit bien calmement… SURTOUT NE RIEN LAISSER PARAITRE ! Louis avait appris cela au lointain temps où il militait pour la paix en Algérie. Il savait qu’ici, le pire ne serait pas un passage à tabac comme au poste de police d’antan. Depuis près de trois ans, Louis allait d’école en école, bouchant un trou par-ci, par-là. Il avait une façon bien à lui d’intervenir au pied-levé. Louis savait que les ruptures sont des moments très fragiles au cours desquels les élèves tentent d’enfreindre les rites. Cela se traduit immanquablement par des ratures, des sabotages, des fantaisies peu appréciées du maître au moment du retour. Il avait donc, dès le début, pris certaines habitudes : pour quelques jours d’absence, il proposait à la classe des exercices différents sur des supports autres que les cahiers. Aux grands, il proposait d’écrire un livre en une semaine… Oh ! ce n’était pas « Les misérables » ! Juste les aventures d’un enfant dans le quotidien du quartier… Des concours de conjugaison, des jeux sur les opérations et pour finir en récréation, il sortait son magnétophone pour diffuser des airs de danses folkloriques et danser avec les enfants. A d’autres il proposait de créer ensemble une chanson : des paroles qui chantent, c’est cela de la poésie, puis on essayait de chanter phrase à phrase les paroles. On étudiait le clavier sur son mélodica, et peu à peu, de proche en proche, on finissait par donner une partition au texte… Ce n’était pas, certes du Bach, mais les enfants étaient contents. Ainsi le maître, en revenant, n’avait qu’à frapper dans ses mains pour finir la « récréation » parenthèse. Parce qu’après la surprise inquiète, il avait ainsi acquis une popularité incongrue, l’administration avait cherché à lui tendre quelques pièges : (Tiens ! Il ira dans ce village, connu pour son intransigeance, qui a contraint à démission deux instits en quatre ans !… Et pour réussir la manœuvre, on jettera la suspicion sur lui : on lui demandera en douce des nouvelles de sa santé mentale dans une réception officielle) Louis n’était pas dupe ! Il avait compris la manœuvre. Mais il avait hérité de la citadelle natale la dureté du roc pour résister à toutes les entreprises de déstabilisation. Au lieu d’être restreinte dans l’enceinte d’un village, sa popularité avait rayonné sur un rayon de 50 kilomètres. En le voyant arriver, les enfants se massaient au portail, on lui faisait un peu trop fête … … …On lui faisait un peu trop fête sans qu’on puisse le prendre en faute. C’est vrai que Louis, de son grand-père, avait hérité la passion des lois, des textes, des édits, et qu’à la moindre observation il citait le texte avec ses références….Finalement, ceux qui s’étaient frotté les mains en le voyant devenir ZIL (Zone d’Intervention Localisée) trouvaient que c’était ennuyeux, car il avait un défaut : Louis PARLAIT, Et Louis, pour avoir côtoyé en d’autres temps d’autres cercles, connaissait quelques secrets, qu’on voulait aux oubliettes .Pourtant, Louis ne donnait pas trop de détails : il laissait planer l’incertitude, ce qui fait que les interventions *sous le sceau du secret* « Faites attention ! C’est un perturbateur »se retournaient finalement contre ceux qui les proféraient.
C’était la troisième fois qu’on l’invitait ainsi …

 

 

C’était la troisième fois qu’on l’invitait ainsi, mais les deux premières fois, c’était par simple lettre. Il y avait de l’affolement chez ceux qui cherchaient à le (liquider) neutraliser. Quand il regardait derrière, outre l’examen probatoire au concours d’inspecteur, il avait passé l’obstacle et cela à deux reprises de l’écrit du concours. A trois reprises ses élèves avaient été élus par leurs pairs pour représenter le département à des congrès de coopérateurs. Deux années de suite, ils avaient gagné le concours de monographies. Une année, ils avaient même lancé une campagne de sauvegarde des sapins à l’époque de Noël sur 23 départements… Avant que cela ne soit la mode, ils avaient dans le village lancé une opération « rivière propre »…
C’était avant… Avant qu’il ne devienne celui qui ne veut pas se taire.
SURTOUT NE RIEN LAISSER PARAITRE ! L’homme est là qui le dévisage…

La première fois, à Lyon, en septembre, il s’agissait d’une dame, jolie, courtoise, qui l’avait interrogé vaguement, en tournant autour du pot : ses supérieurs s’inquiétaient… Il fallait lui disait-elle savoir s’adapter, car voyez-vous, les dinosaures ont fini par disparaître faute de capacité d’adaptation… Vous êtes sûr de rester sur vos positions ? Ce n’est pas faillir que changer d’avis… Un obstacle, il faut le contourner plutôt que de tenter de le démolir…Vous devriez réfléchir ! Rien n’est perdu !

L’homme ne bouge pas. Un long silence à la limite du supportable…

La deuxième fois, c’était un mercredi de novembre. A Villeurbanne. C’était un homme déjà assez âgé, la cinquantaine bien sonnée qui lui avait fait le coup du questionnaire d’identité :
Nom ?
Prénom ?
Date de naissance ? lieu de naissance ?
Diplômes ? Profession ?
Nom , prénoms, date et lieu de naissance de votre père ?
Nom , prénoms, date et lieu de naissance de votre mère ?
Nom et prénoms des grands-parents paternels ? Maternels ?
Quelles écoles avez-vous fréquenté ?
Puis avait suivi une longue discussion, au cours de laquelle on lui demandait des précisions, on objectait, on cherchait à le faire sortir de ses gonds…A la fin, l’homme avait fait une moue dubitative avant de le congédier…

L’éphéméride marquait 5 février.
Louis savait bien qu’aucun esclave patenté de l’administration ne serait allé chercher dans les textes de loi les règles qui régissent la fonction d’Inspecteur de l’Education Nationale. Louis savait qu’ON n’avait pas apprécié, mais PAS DU TOUT APPRECIE , qu’il ait eu l’audace de demander au député de sa circonscription de questionner le Ministre sur la règle de l’éloignement qui interdit à un enseignant d’être nommé inspecteur dans son département pendant dix ans afin d’éviter tout favoritisme… Et s’il était normal qu’un Conseiller Pédagogique fasse fonction d’inspecteur sur SA PROPRE CIRCONSCRIPTION … Louis savait qu’ON n’avait pas apprécié, mais PAS DU TOUT APPRECIE la réponse du ministre au journal officiel du 31 août 1983 selon laquelle il devait y avoir éloignement….Louis savait qu’aucun larbin n’aurait refusé un avantage qu’on lui octroyait au motif qu’il n’était pas légal*. Louis savait qu’aucune serpillière n’aurait quitté un poste de direction d’école important, ne se serait mis sur la touche sur un poste de remplacement en exigeant que tous les actes d’un illégitime inspecteur (ref =J O) soient désavoués pour reprendre ( ?) des responsabilités.
Louis savait enfin que peu de gens auraient comme lui assuré qu’ils iraient jusqu’au bout, méthodes militantes des bonzes au Vietnam comprises…. ( A suivre)
*Pour les perspicaces : voir « A propos de passe-droit » ibid 28 avril 2014

Cet article a été posté le Vendredi 23 mai 2014

 

(…jusqu’au bout, méthodes militantes des bonzes au Vietnam comprises)
« VOUS ETES FOU !
_ Si je suis fou, prouvez-le ! »
SURTOUT NE RIEN LAISSER PARAITRE !
Le silence était pesant. L’homme semblait absorbé par on ne sait quel document qu’il feuilletait lentement… En l’observant du coin de l’œil.
Cela dura une éternité, puis relevant la tête, d’un ton ferme et décidé l’homme dit : « Je suis là pour vous protéger : vous êtes un danger pour vous-mêmes et pour les autres. Je vois que vous avez déclaré que vous désiriez abattre votre ancien inspecteur… ?… » Louis comprit l’affolement : n’avait-il pas susurré que « déclaré OFFICIELLEMENT IRRESPONSABLE il abattrait le responsable de ses ennuis ». Chacun sait bien qu’en sortant une phrase de son contexte, on change totalement son sens. Il avait subi deux expertises mentales pour essayer de le faire taire…Il en attendait les résultats… Qui ne venaient pas… ????
Très calmement, Louis rectifia, il rétablit le texte entier. S’ensuivit une passe d’armes que jamais il n’aurait supportée s’il n’avait connu les « gardes à vue » ( avant l’heure?) quand on voulait en 1960,au commissariat lui faire cracher qu’il connaissait des réseaux de désertion. Le psy le laissait parler un peu puis reprenait en changeant le sens des paroles prononcées. Sans montrer le moindre agacement, il savait que c’était vital, Louis rectifiait la déclaration. Le débat féroce dura plus d’une heure jusqu’à ce que le psychiatre finisse par laisser Louis raconter sa version sans l’interrompre. Il était presque midi quand Louis, à qui on venait de déclarer qu’on ne voyait pas, pas plus que le précédent psy, de raison de l’interner, que l’Inspection Académique devrait régler autrement ses problèmes, sortit.

La France n’est pas l’URSS.

Et il y a des psychiatres honnêtes.

Louis regagna sa deux CV qui n’avait pas bougé de place. L’enveloppe sur le siège était toujours là… Louis relut le message qu’il avait laissé pour la personne qui trouverait sa voiture trop gênante : « J’ai été convoqué en face, si ce soir la voiture est encore là, c’est qu’on m’aura interné pour cacher une saloperie administrative. Merci de téléphoner au numéro xxxxxx pour faire récupérer la voiture. »
Vingt trois mois plus tôt, à celui (messager de l’Inspection Académique) qui lui affirmait que les lianes du temps recouvrent tout, et que bientôt plus personne ne se rappellerait de ce qui s’était passé, Louis avait fixé deux ans pour que ce qui l’avait « tué » ne soit plus jamais possible…
Mais après l’effort surhumain qu’il avait fourni pour ne rien laisser paraître, Louis sentit monter en lui une colère inextinguible. Puisqu’on employait des moyens malhonnêtes pour tenter de le neutraliser, il allait à son tour sortir de la réserve : il n’avait plus rien à perdre ! Dans l’après-midi, un tract, distribué dans toutes les écoles dans lesquelles il était connu et reconnu : celles où il était intervenu, mais aussi celles des classes coopératives qui avaient naguère délégué ses élèves pour les représenter aux congrès nationaux, racontait en détail ce qui venait de se passer. On était à J _ 30 !
Bien avant tweeter, le papier créa le BUZZ !
Les caniches du syndicat voulurent rattraper au vol l’os une situation qu’ils n’avaient SURTOUT PAS VOULU CONNAITRE.
L’Académie dépêcha chez les maires des communes concernées (on questionnait régulièrement les enseignants) des émissaires chargés de rechercher qui aurait pu avoir à se plaindre de Louis…
On ( ?) soudoya même une armée de belles déesses, prêtes, lui disaient-elles à se livrer à tous ses caprices s’il renonçait.
Mais voilà que, effet inverse, les parents questionnés, traduisirent : « On doute de sa lucidité, mais on lui a confié nos enfants » le boomerang se retournait contre le lanceur !
On dépêcha chez sa femme une « lourde » inspectrice pour exiger, menacer, supplier de demander de son côté un internement INDISPENSABLE ! INCONTOURNABLE ! On lui promit … !!!!….
Louis vit ses anciens collègues lui tourner (ostensiblement) prudemment le dos…
Mais les enfants qui le voyaient arriver se massaient toujours à sa rencontre, on dansait toujours sous les préaux…
Les amis, (ceux qui ne joignirent pas leur voix à celle de l’inspectrice) il les compta sur moins des doigts d’une main.

Louis découvrit la différence entre « épouse » et « moitié »…

Mitterrand avait, entre-temps, dissous l’Assemblée Nationale, les candidats en campagne électorale furent interpelés dans leurs réunions…
Cependant, affiché sur la 2CV, le nombre diminuait…

A J _ 1, une circulaire de l’Inspection Académique précisa que dorénavant tout travail fait en équipe serait évalué collectivement.
Sur la place Bellecour où trois cars de CRS attendaient, on ne sait jamais, LOUIS pour trouble à l’ordre public, on distribua copie de la nouvelle consigne.

L’édifice de l’inspection individuelle avait tremblé !

Cet article a été posté le Samedi 24 mai 2014

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