radotage: avant le mariage

14 novembre 2019

avant le mariage

  

Autrefois, quand une fille allait se marier (elle avait passé avec succès les test infligés par sa future belle-mère : par exemple : à sa première visite, se trouver en entrant face à un objet traînant par terre, objet qu’elle se devait de ramasser subrepticement et de poser mine de rien à l’endroit où il serait mieux placé, ensuite, montrer son sens de l’économie dans l’épluchage des pommes de terre avec un opinel en ôtant des épluchures les plus fines possibles)et le soupirant avait fait sa cour avec assiduité [Certain village du plateau était réputé pour garder jalousement ses filles : les garçons capturaient le soupirant à la nuit, le saoulaient, le déshabillaient et le relâchaient nu dans la nuit pour rentrer chez lui… Seuls les vrais amoureux (parfois de l’argent si la fille était riche)revenaient.] 

Les jeunes se réunissaient à la veillée pour fabriquer des « roses », fleurs de papier sulfurisé blanc qu’ils accrocheraient à des arbres tout au long du chemin depuis la demeure de ses parents, jusqu’à la mairie et l’église… et jusqu’au lieu de leur future résidence parfois. 

C’était l’occasion de danser, de se parler….de préparer de prochaines fiançailles…. 

Le jour du mariage, les jeunes dressaient des embuscades : arbres en travers du chemin, chaines, charge de foin renversées qui pour être dépassées devaient être copieusement « arrosées » par les garçons d’honneur qui, endimanchés ne voulaient pas se salir à déblayer …et cela surtout dans le cas où le garçon n’était pas du village ! 

.   Au seuil de la maison quittée par la mariée, on accrochait une colombe en chiffon, bourrée de farine, les ailes                                                          écartées tournée vers l’extérieur (il était de très mauvais augure que la colombe se retourne) 

Au seuil de la maison du marié, on accrochait un coq tourné vers l’extérieur (mais s’il se retournait, ce n’était pas grave : cela voulait dire qu’il reviendrait un jour reprendre la ferme) 

La noce arrivait bien hilare à la mairie, cela aidait beaucoup les mariés dans les mariages arrangés à dire le « oui » attendu !

Froideur…

14 novembre 2019

Depuis quelque temps , t’en avais marre

Tu ne montrais plus que tiédeur…

J’entrais, je ressortais le dard,

Plus jamais de cette chaleur

Qui vous fait vibrer de bonheur…

J’avais beau lubrifier tes accès

Te frotter, te polir à l’intérieur

Tripoter ton bouton avec excès

Finalement j’ai dû comprendre

Que pour vaincre ton inertie

Il me faudrait te surprendre

Pour te rendre goût à la vie

Te trouver un autre stimulus

Mon pauvre vieux cumulus.

 

Grenoble

13 novembre 2019

Grr

Elle fut jadis vivante

Noble germe de révolution

On la trouvait séduisante

Berriat cours de Libération

La chape de plomb écolo

Etouffa ses trémolos

 

Il est des morts guéris,

Sans un plaisir à la ronde,

Elle est presque moribonde.

Rentrer chez elle? Malaisé!

Elle est peut-être apaisée

 

Mais à quel prix?

 

 

Radotage: La maladie du Charmant Som

12 novembre 2019

La maladie du Charmant Som (ou ce que sont les légendes)

LA MALADIE DU CHARMANT SOM
Un jour, le CHARMANT SOM se trouva très malade : sur ses flancs,les arbres dépérissaient, courbaient lamentablement la tête, les plantes avaient contracté un ictère qu’aucune rosée, aucune pluie n’arrivait à guérir…
Son frère, le GRAND SOM ressentait la plus vive inquiétude. Il fit publier dans toute la région un avis promettant à  quiconque pourrait sauver son frère, autant d’or qu’’il pourrait en emporter. Un paysan proposa d’épandre du lisier. Le remède fut pire que le mal: les sources furent polluées, mais le CHARMANT SOM était toujours malade. Un bûcheron déclara qu’il fallait couper un arbre sur deux pour soulager la montagne. Le remède fut pire que le mal : il créa des couloirs d’avalanches et la neige dévasta tout sur son passage…Le CHARMANT SOM souffrait toujours.
Un brillant expert des EAUX ET FORETS vint examiner le malade. Il fit au ministre un rapport de trois cent mille pages qui concluait qu’il n’y comprenait rien….et le CHARMANT SOM dépérissait toujours.Un savant érudit éplucha des millions de tonnes d’archives pour trouver des cas similaires et le remède que les anciens y avaient apporté, mais il ne trouva rien…et le CHARMANT SOM était toujours plus malade…Un docte ingénieur en agronomie se présenta. Il fit des milliards d’analyses sur des prélèvements…mais ne décela aucune anomalie. Les savants du monde entier se passionnèrent sur ce cas.Ils établirent des millions d’hypothèses…mais toutes, à  l’examen, se révélèrent à  rejeter :le CHARMANT SOM était en dépression et rien ne pouvait égayer sa langueur.

C’EST ALORS QUE SURVINT LE SORCIER AMEDEE.

Il savait, et lui seul, parler aux arbres, aux sources et aux rocs. Il les interrogea. Il apprit ainsi que le seul remède approprié se trouvait au PAYS DES LEGENDES. La fée RADIEUSE le détenait. Mais, AMEDEE avait de vieilles jambes et le pays des légendes était loin, trop loin pour lui. Il appela donc le preux lutin ALAIN, qui, de temps à  autre, se chargeait de ses courses.
» Va, lui dit-il, au PAYS DES LEGENDES. Tu trouveras la fée RADIEUSE qui, seule, peut rapporter le sourire au malade. Prends avec toi le livre des secrets. Si tu rencontres un obstacle sur ta route, pose-le sous ta tête avant de t’endormir. Au matin, ouvre-le : il te donnera le moyen de le surmonter. «
ALAIN s’en alla droit devant. Il marcha un jour, deux jours, une semaine. Il traversa des landes, des rivières, des forêts, des jachères. Il se trouva un soir devant une mare autour de laquelle des poules caquetaient. Dès qu’elles l’aperçurent, elles se mirent à crier :
» Où vas-tu, lutin ALAIN ?
–Je vais au PAYS DES LEGENDES , chercher la fée RADIEUSE pour guérir le CHARMANT SOM.
–Au pays des légendes ! Bougre d’idiot ! Ce pays ne peut pas exister ! Les légendes sont des fadaises inventées pour abuser les esprits demeurés…QUOI ! perdre ton temps au lieu de travailler ! D’un coup d’aile, elles l’entourèrent…si tu veux passer, va chercher le sac de blé tombé au fond de cette mare…sinon !…Et leurs becs se mirent à  siffler.

–La nuit va tomber, charmantes pécores, attendez à  demain, je vous le trouverai. «
Et sans un mot de plus, ALAIN se coucha, le livre des secrets sous la tête. Au matin, le livre s’ouvrit de lui-même :  » Pour vider une mare, appeler un castor. « ALAIN tourna la tête, un castor passait par là .
» Castor, veux-tu m’aider à  vider cette mare pour sortir le sac de blé qui y est tombé, afin que les poules me laissent passer ?
–Où vas-tu, lutin ALAIN ?
–Je vais au PAYS DES LEGENDES, chercher la fée RADIEUSE, pour guérir le CHARMANT SOM…mais les poules refusent de me laisser passer si je ne sors pas le sac de blé qui gît au fond de la mare. Peux-tu m’aider à  la vider ? «
Le castor était serviable comme tous les travailleurs du bâtiment. En quelques coups de dents , il coupa l’arbre qui formait barrage et l’eau s’écoula, laissant apparaître le sac de blé. Les poules se jetèrent sur le grain. Alain, qui était poli, remercia le castor et fila droit devant. Il marcha un jour, deux jours, une semaine. Il traversa des landes des rivières, des forêts, des jachères. Il arriva devant une clairière où des corbeaux tenaient conseil.
» Où vas-tu lutin ALAIN ?
–Je vais au PAYS DES LEGENDES, chercher la fée RADIEUSE pour guérir le CHARMANT SOM.
–Au PAYS DES LEGGENDES ! bougre d’idiot ! Ce pays ne peut pas exister ! Les légendes sont le récit de la vie de nos martyrs, de nos saints et de nos bienheureux pour édifier les êtres pieux….(en un instant ils l’entourèrent) …Croa ! Croa ! Croa ! Croa ! Quel est le mot de passe ? Ici qui nous découvre est ami ou trépasse !
–Souffrez, messieurs, que je dorme un moment. A mon réveil, c’est bien promis, votre mot, vous l’aurez pour me laisser passer. «
Et ALAIN se coucha, le livre sous la tête…Au réveil, il l’ouvrit :  » Je crois, tu crois, il croit  » lut-il sur la page. Les corbeaux aussitôt se mirent à  prier et le lutin ALAIN s’en alla droit devant….Il marcha un jour, deux jours, une semaine, traversa des landes, des rivières, des forêts, des jachères. Il arriva un soir au milieu d’un jardin. Des taupes militaires étaient en manoeuvre.
» Où vas-tu, lutin ALAIN ?
–Je vais au PAYS DES LEGENDES chercher la fée RADIEUSE, pour guérir le CHARMANT SOM.
–Au PAYS DES LEGENDES ! Bougre d’idiot ! Ce pays ne peut pas exister ! Les légendes sont des histoires de vieux soldats vantards que le peuple ignorant a répétées en les déformant …(d’un bond, elles l’encerclèrent)…Pour un espion, tu es bien téméraire ! «
En un instant, le pauvre lutin fut enfermé au fond d’un blockaus de terre.

 

ALAIN posa son livre sous sa tête et s’endormit. Au matin, il l’ouvrit et lut :
» Les taupes sont myopes, pour les combattre, il faut les éblouir « . ALAIN frotta, comme les hommes préhistoriques, deux silex qui traînaient au fond de la cellule…un éclair jaillit…Il s’enfuit….Il marcha un jour, deux jours, une semaine, traversa des landes, des rivières, des forêts, des jachères. Il arriva un soir dans un immense parc où des ânes à  grosses têtes, assis dans des fauteuils de pierre rehaussés de coussins de vanité, en cravate et chemise blanche, lisaient assidûment des livres fort savants.
» Où allez-vous, monsieur le lutin ?
–Je vais au PAYS DES LEGENDES chercher la fée RADIEUSE pour guérir le CHARMANT SOM.
–Au PAYS DES LEGENDES ! ! !Croyez-vous que le pays de MELUSINE, Des TROIS PUCELLES, du DEMON FALOTTON puisse être foulé par n’importe quel individu, n’importe quel pillard qui réduirait en esclavage les plus belles des fées pour son propre intérêt ou pour celui d’un sorcier ? Pour être digne d’un tel honneur, il faut avoir au moins un diplôme d’ETAT…Montrez-nous vos diplômes !
–Ne nous énervons pas, dit le lutin ALAIN, je suis très fatigué, laissez-moi me reposer, demain, à  mon réveil, je pourrai vous prouver que mes intentions sont pures. « …Et il se coucha, le livre des secrets sous la tête….Au premier chant du coq, le livre s’ouvrit de lui-même :  » Secouez la tête d’un âne diplômé, les rares neurones de son cerveau, en se choquant, sonneront plus fort que des grelots. «
» Je suis, déclara ALAIN, un expert neurologue. Je n’ai pas, il est vrai, de diplôme sur moi…mais voyage-t-on avec ses diplômes ?…Pourtant, je peux vous prouver par une seule expérience l’étendue de mes connaissances. «
Les ânes se concertèrent un moment gravement, comme le jury d’un concours de l’ADMINISTRATION, puis, finalement, lui demandèrent de prouver sa sagesse.
» Je sais, dit le lutin ALAIN, que plus un être est cultivé, plus l’écho de ses connaissances se fait entendre quand il hoche la tête. Les ânes, aussitôt hochèrent leur docte chef…Il s’ensuivit un tel tintement de leurs rares neurones qu’ils crurent au miracle et s’écartèrent respectueusement.
ALAIN s’éclipsa pendant tout ce concert. Il marcha droit devant, un jour, deux jours, une semaine, traversa des landes, des rivières, des forêts, des jachères. Il se trouva un soir devant une immense rangée de guichets alignés. Des hyènes affairées y tenaient leur commerce.
« Où vas- tu, lutin ALAIN ?
–Je vais au PAYS DES LEGENDES, chercher la fée RADIEUSE pour guérir le CHARMANT SOM.
–Au PAYS DES LEGENDES ! Bougre d’idiot ! Ce pays est notre propriété ! Personne ne peut y accéder que nous, sinon, il faut payer. Es-tu prêt, pour un stage, à  payer mille écus ?
–Permettez, dit ALAIN, il faut que je réfléchisse ! « …Et il s’endormit, la tête sur le livre.
Au matin, l’ouvrage était ouvert :  » Les hyènes sont cupides et orgueilleuses, pour quelques compliments et quelques pièces d’or, tout leur paraît possible. «
ALAIN s’approcha d’un guichet ouvert :  » Le GRAND SOM a promis, dit-il à  la caissière, de donner à  celui qui guérira son frère, tout l’or qu’il pourra emporter. Pour moi,les richesses me sont indifférentes. Si vous veniez toutes avec la fée RADIEUSE, vous recevriez un immense trésor dès que le CHARMANT SOM serait guéri. «
Les hyènes, sentant l’appât du gain, se saisirent de la fée RADIEUSE qu’elles tenaient prisonnière depuis des millénaires….  » Conduis-nous, dirent-elles au lutin ALAIN, le bien de nos semblables nous est toujours très cher. Nous irons toutes ensemble guérir le CHARMANT SOM….mais peux-tu nous promettre que le monde entier saura que nous sommes à  ce point bienveillantes ?
–Je peux vous promettre que seront informés les gens que nous rencontrerons.
–Montre-nous le chemin ! «
Pendant qu’elles se rangeaient sur trois rangs, commandées par leur chève*, une blonde borgne avec bandeau sur l’œil, pour escorter l’esclave, ALAIN en profita pour ouvrir les cellules des autres fées détenues.
Ils marchèrent un jour, deux jours, une semaine, traversèrent des jachères, des forêts, des rivières, des landes.En passant, ils virent les ânes diplômés, qui, ne voulant pas laisser passer une occasion de manifester leur science, se mirent en cortège, en rythmant, de leur cerveau-grelot, une marche militaire.
Ils marchèrent un jour, deux jours, une semaine, traversèrent des jachères, des forêts, des rivières, des landes. Les taupes arrivèrent au son de ce tapage, et, au pas cadencé, suivirent la parade.
Ils marchèrent un jour, deux jours, une semaine, traversèrent des jachères, des forêts, des rivières, des landes. Les corbeaux aussitôt, entendant cette fête, se mirent sur deux rangs et marchèrent en tête, en chantant des cantiques .
Ils marchèrent un jour, deux jours, une semaine, traversèrent des jachères, des forêts, des rivières, des landes….Les poules, caquetant sur le bord de la mare asèchée, continuèrent leurs médisances.
Quand la troupe arriva au pied du CHARMANT SOM, la fée MELUSINE était déjà  là  , Délivrée, enfin des geôles millénaires bâties par ravisseurs initiés, LIBRE, et , avec elle, tous les preux chevaliers, les saints, martyrs et bienheureux.
« Relâchez la fée RADIEUSE et vous aurez votre or, dit-elle à  la tribu des puantes nécrophages : les fées des légendes et aussi leur pays, appartiennent à  tous ceux qui gardent le cœur pur. A ceux qui les aiment, à  ceux qui les séduisent , les fées apporteront toujours leur amour. Elles leur confieront les secrets dont elles seules sont les dépositaires…N’en déplaise aux pédants de la terre.
Ainsi parla la fée. Le CHARMANT SOM, en un instant, se trouva verdoyant… et, l’automne étant arrivé, le GRAND SOM versa aux hyènes, pour les récompenser, autant de feuilles d’or qu’elles voulurent en ramasser.

C’est pourquoi, aujourd’hui, quiconque a le cœur pur et recherche les fées dans un amour sincère, peut accéder au PAYS DES LEGENDES, malgré les corbeaux, les taupes militaires, les ânes diplômés….en bravant les médisances et les calomnies des poules caquetantes, car les hyènes puantes, comprenant que leur coupable commerce était démasqué se sont mises en recherche de nouveaux projets…Aux dernières nouvelles, elles étaient sur MARS et éditaient des oracles basés sur
la TERROLOGIE

*Veuf….veuve relatif…relative chef….. ? ? ?

BOUSEUX

11 novembre 2019

J’ai relu tout à l’heure

Dans un vil commentaire

Ce terme de malheur

Cette insulte séculaire…

Bourgeois  dégénéré

Qui vomit ceux de la terre

Incapable toi-même d’élever!

Je ne peux pas me taire

Aux temps de privations

Zétaient bien les bouseux,

Alors que la Nation

Ne vivait que par eux!

Pour toi qui vitupères

Qui méprises et maudis

Ouvertement j’espère

Te voir un jour maudit

Rejoindre Cerbère

Après avoir, la langue pendante,

Et les crocs décharnés

Dans une horrible fin,

Au milieu de tes fientes

CREVE DE FAIM!

 

 

 

 

 

Radotage: Le Toine

11 novembre 2019

LE TOINE

L’avait six ans, le TOINE, quand le siècle a pris fin
Il gardait les moutons là-haut , dans la montagne,
Debout avant le jour, car le pain, ça se gagne
Et couché à la nuit dans un sommeil sans rêves,
L’a travaillé, le TOINE, sans arrêt et sans trêve.
A la vogue de LANS buvait bien son canon
Et il roulait parfois derrière les cuchons
Une fille bien douce avec des gros nichons.
L’était content, le TOINE, il était déjà grand
L’était pas bien causant…Pensait qu’après son temps,
Il reviendrait marier la bien jolie ROSINE
Qu’était encore trop jeune pour lui faire sa cuisine.
Un jour, il est parti, il n’avait que vingt ans
Une fleur au fusil et à la bouche un chant
Pour flanquer la râclée à tous les ALLEMANDS,
Pour rendre à la patrie ses provinces amputées
Que son maître à l’école coloriait en grisé.
L’était un bon soldat, le TOINE, avec NIVELLE,
Il a vu un beau jour sa jambe, en javelle,
Fauchée par un obus qu’on n’avait jamais vu…
On l’a soigné, le TOINE, l’était pas tout foutu. :
Avec une béquille, la jambe comme bois,
Il a pu revenir habiter près des bois.
La ROSINE était là, au jour de l’armistice,
Elle l’a regardé, a vu son sacrifice,
« POUR TRAVAILLER, dit-elle, IL FAUT QUELQU’UN D’ENTIER »
Il a voulu, le TOINE , s’acharner à montrer
Que malgré sa béquille Il pouvait travailler.
Il s’est levé, le TOINE, chaque jour à l’aurore,
Et il ne se couchait que quand la lune dort.
Il le fauchait, le foin, le fanait, le rentrait,
Enjavelait, liait, clochait*, rentrait, battait,
Comme si un beau jour, sur le CHEMIN DES DAMES
Il n’avait rien perdu, mais vous voyez le drame :
Car pour être admiré quand on vient de la guerre,
Il faut être un héros que l’on a mis en terre….
L’a bien pleuré, le TOINE, le jour où
la ROSINE
A épousé BERTRAND du fond de la ravine…
S’est calé un moment contre le mur de grange,
A bu un bon canon, a oublié qu’on mange,
Caressé
la PARISE,
la CHALAISE,
la CHARMANTE
Trait la chèvre, mis son veau sous
la FROMENTE.
Les malins du pays lui ont porté un saule…
Il a bu avec eux un bon litron de gnôle…
Et il a travaillé, le TOINE , travaillé,
Le dos un peu courbé, la jambe tiraillée.
Les années ont passé sans qu’il ait ralenti
Comme si besognant, il n’avait rien senti.
Les BOCHES ont reparu sur la scène des armes.
Il a rien dit, le TOINE, il a caché ses larmes.
Son destin de labeur, un ! deux ! clopin-clopant,
Il a continué en serrant bien les dents.
Il a vu les enfants sur le pont fusillés
Il a su les bébés sur les portes clouées
Il a appris les femmes par les chiens dévorées
Il a connu le feu, sur son foin allumé.
Mais il est courageux, le TOINE, vous pensez !
Ca fait plus de vingt ans qu’il travaille éclopé
Les malheurs du pays, les horreurs de la guerre
Et
la France vaincue patrie de la misère,
Ne sont rien comparés à la noire gangrène
Qui envahit l’esprit : ce n’est pas de la haine,
Non ! c’est solitude, dont les barreaux étroits
Etendent la prison, prison que nul ne voit.
A la reconstruction, mettre les bouchées doubles,
Il lui a bien fallu…Et en avant la couble* !
Du travail le matin et du travail le soir
Du travail chaque jour, ça tue le désespoir !
Y avait bien quelques fois quelque bartivelle*
Qui disait que des sous, il avait à la pelle.
Il disait rien, le TOINE, le TOINE,il travaillait.
Son pas était plus court, alors, il clopinait.
Comprenait pas, le TOINE, lui qui maniait la daille,
Les tracteurs, les lieuses, et la mode des jailles…        (vache pîes)
On lui a dit un jour où il perdait courage :
« Vous pourriez arrêter, faire place, à votre âge
A un jeune qui doit nourrir une famille.
Vos sous, vous les placez de peur qu’on ne les pille….
Voyons, que disions-nous ? Ah ! oui ! le FASASA*
A soixante-dix ans on peut bien avoir ça ! »
Il s’est planté, le TOINE , et il a regardé
Les parcs de barbelés, talus jamais fauchés.
Il s’est tu, le TOINE, il était pas causant…
Quelquefois, le matin, quand il était vaillant,
Il décrochait sa daille* et fauchait un moment….
Et puis il a vieilli, il a pris son parti
Des haies tellement larges qu’elles sont des taillis…
Et puis on a parlé, il a bien entendu
Que l’on parle partout de quotats, de surplus,
Il a vu son voisin qui jetait ,SACRILEGE,
Du lait à ses cochons,Quel était ce manège ?
On lui a annoncé depuis l’année dernière
Que ses champs sont choisis pour porter la jachère
Il s’est couché, le TOINE, sans un mot, tristement,
Il a traîné des mois ressassant, remâchant
Et puis un jour de juin, dans le soleil levant,
Il s’est dressé, le TOINE, comme un jeune fervent
Il a sorti sa faux enchaplée* de longtemps
Et puis s’est avancé, clopinant, clopinant,
Est entré dans le champ bien subrepticement
A donné un bon coup, un autre, et un troisième
A FAUCHE UN ENDAIN D’UNE LONGUEUR SUPREME
S’est penché doucement pour caresser le foin :
Le trèfle, l’éparsé, la fenasse : LE FOIN ! !
S’est couché brusquement sur le bord de l’endain
Et a lâché son âme
POUR NE PAS VOIR DEMAIN

*enchaplée=battue *daille=faux *FASASA= indemnité de départ
*bartivelle= pipelette *couble= plusieurs paires de vaches attelées
*clochait=dressait les gerbes pour les faire sécher

Les barbares rient par « La Bièvre du samedi Soir »

10 novembre 2019

 

Théâtre au village, ce samedi soir.

Rangées de chaises, dans la salle des fêtes,

Sur la scène au fond, un décor tout noir

Dans l’arrière se cache la buvette.

En effet miroir, on voit les acteurs

Qui dans les coulisses, s’affairent…

L’un après l’autre les spectateurs

Des villageois et même le maire

Se sont présentés en avance…

Le président a barbe blanche

Vient remercier l’assistance.

(Veut lui aussi être sur les planches!)

Le spectacle jubilatoire

Mêlait en savant équilibre

Des sketches d’art oratoire

En termes légers et libres

Des extraits de pièces classiques

Des scènes  de l’absurde humour

Soulevant des rires homériques

Aux vrais morceaux de bravoure,

Avec pour lier le menu

Accompagnées d’un limonaire

Moultes chansons bienvenues

De quoi faire fredonner le parterre.

 

 

Attroupement illicite

10 novembre 2019

Méfiez-vous, braves gens,

Evitez les attroupements

Trois personnes groupées

Voilà qui va menacer

Ce pouvoir suspicieux

Prêt à faire frapper les vieux.

Ne venez pas sous les fontaines

Maugréer comme une rengaine.

Sous les arbres, ne restez pas

A palabrer jusqu’au trépas.

A force de suspecter

Des rébellions bien méritées

Vous finiriez embastillés!

 

Radotage: Leucémie

9 novembre 2019

Leucémie

 

Tu as à peine dix-neuf ans

Et ta vie ne fut pas facile :

Abandonnée à deux ans

Vie en foyer c’est difficile.

Tu as pourtant,

Bon an, mal an

Fait un chemin respectable.

Etudié pour un emploi stable.

Quand tes copines en déraison

S’éclataient dans les extravagances

Tu gardais pour la bonne saison

Un hymen vierge de connaissance.

Mais voilà qu’une prise de sang

Simple contrôle sans souffrance

A mis au jour incidemment

Un ennemi sans défaillance.

La chimiothérapie,

Si elle te sauve et seulement si

Rendra ton corps à jamais stérile…

Ta vie ne fut pas facile…

Alors tu demandes « A quoi bon ? »

A quoi bon ???

radotage:Femmes d’Algérie

9 novembre 2019

Comme vous étiez belles

Dans votre cri sévère

Comme vous étiez belles

Visage découvert

Comme vous étiez belles

Debout le cœur ouvert

Comme vous étiez belles

La peur au ventre

Comme vous étiez belles

Sur la place du centre

Comme vous étiez belles

Refusant l’antique esclavage

Comme vous étiez belles

Tout à votre avantage

A refuser la loi de l’oppresseur

Pour conjurer s’il se peut le malheur

Pour que la liberté

Ne soit pas étouffée

Femmes d’Algérie

En ce moment d’histoire,

Je vous ai saluées et j’ai prié

Pour votre victoire !

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