Silence pendant quelques jours

18 avril 2019

Je souhaite à tous un excellent Week end de pâques.

A bientôt!

Radotage: suite à une gentille rencontre, hier au Diapason à St Marcellin

18 avril 2019

 

De grands syndicalistes paysans ont largement oeuvré pour éradiquer leur espèce:
voici un siècle de paysannerie à travers la vie d’un des leurs en Vercors.
LE TOINE

L’avait six ans, le TOINE, quand le siècle a pris fin
Il gardait les moutons là-haut , dans la montagne,
Debout avant le jour, car le pain, ça se gagne
Et couché à la nuit dans un sommeil sans rêves,
L’a travaillé, le TOINE, sans arrêt et sans trêve.
A la vogue de LANS buvait bien son canon
Et il roulait parfois derrière les cuchons
Une fille bien douce avec des gros nichons.
L’était content, le TOINE, il était déjà grand
L’était pas bien causant…Pensait qu’après son temps,
Il reviendrait marier la bien jolie ROSINE
Qu’était encore trop jeune pour lui faire sa cuisine.
Un jour, il est parti, il n’avait que vingt ans
Une fleur au fusil et à la bouche un chant
Pour flanquer la râclée à tous les ALLEMANDS,
Pour rendre à la patrie ses provinces amputées
Que son maître à l’école coloriait en grisé.
L’était un bon soldat, le TOINE, avec NIVELLE,
Il a vu un beau jour sa jambe, en javelle,
Fauchée par un obus qu’on n’avait jamais vu…
On l’a soigné, le TOINE, l’était pas tout foutu. :
Avec une béquille, la jambe comme bois,
Il a pu revenir habiter près des bois.
La ROSINE était là, au jour de l’armistice,
Elle l’a regardé, a vu son sacrifice,
« POUR TRAVAILLER, dit-elle, IL FAUT QUELQU’UN D’ENTIER »
Il a voulu, le TOINE , s’acharner à montrer
Que malgré sa béquille Il pouvait travailler.
Il s’est levé, le TOINE, chaque jour à l’aurore,
Et il ne se couchait que quand la lune dort.
Il le fauchait, le foin, le fanait, le rentrait,
Enjavelait, liait, clochait*, rentrait, battait,
Comme si un beau jour, sur le CHEMIN DES DAMES
Il n’avait rien perdu, mais vous voyez le drame :
Car pour être admiré quand on vient de la guerre,
Il faut être un héros que l’on a mis en terre….
L’a bien pleuré, le TOINE, le jour où
la ROSINE
A épousé BERTRAND du fond de la ravine…
S’est calé un moment contre le mur de grange,
A bu un bon canon, a oublié qu’on mange,
Caressé
la PARISE,
la CHALAISE,
la CHARMANTE
Trait la chèvre, mis son veau sous
la FROMENTE.
Les malins du pays lui ont porté un saule…
Il a bu avec eux un bon litron de gnôle…
Et il a travaillé, le TOINE , travaillé,
Le dos un peu courbé, la jambe tiraillée.
Les années ont passé sans qu’il ait ralenti
Comme si besognant, il n’avait rien senti.
Les BOCHES ont reparu sur la scène des armes.
Il a rien dit, le TOINE, il a caché ses larmes.
Son destin de labeur, un ! deux ! clopin-clopant,
Il a continué en serrant bien les dents.
Il a vu les enfants sur le pont fusillés
Il a su les bébés sur les portes clouées
Il a appris les femmes par les chiens dévorées
Il a connu le feu, sur son foin allumé.
Mais il est courageux, le TOINE, vous pensez !
Ca fait plus de vingt ans qu’il travaille éclopé
Les malheurs du pays, les horreurs de la guerre
Et
la France vaincue patrie de la misère,
Ne sont rien comparés à la noire gangrène
Qui envahit l’esprit : ce n’est pas de la haine,
Non ! c’est solitude, dont les barreaux étroits
Etendent la prison, prison que nul ne voit.
A la reconstruction, mettre les bouchées doubles,
Il lui a bien fallu…Et en avant la couble* !
Du travail le matin et du travail le soir
Du travail chaque jour, ça tue le désespoir !
Y avait bien quelques fois quelque bartivelle*
Qui disait que des sous, il avait à la pelle.
Il disait rien, le TOINE, le TOINE,il travaillait.
Son pas était plus court, alors, il clopinait.
Comprenait pas, le TOINE, lui qui maniait la daille,
Les tracteurs, les lieuses, et la mode des jailles…        (vache pîes)
On lui a dit un jour où il perdait courage :
« Vous pourriez arrêter, faire place, à votre âge
A un jeune qui doit nourrir une famille.
Vos sous, vous les placez de peur qu’on ne les pille….
Voyons, que disions-nous ? Ah ! oui ! le FASASA*
A soixante-dix ans on peut bien avoir ça ! »
Il s’est planté, le TOINE , et il a regardé
Les parcs de barbelés, talus jamais fauchés.
Il s’est tu, le TOINE, il était pas causant…
Quelquefois, le matin, quand il était vaillant,
Il décrochait sa daille* et fauchait un moment….
Et puis il a vieilli, il a pris son parti
Des haies tellement larges qu’elles sont des taillis…
Et puis on a parlé, il a bien entendu
Que l’on parle partout de quotats, de surplus,
Il a vu son voisin qui jetait ,SACRILEGE,
Du lait à ses cochons,Quel était ce manège ?
On lui a annoncé depuis l’année dernière
Que ses champs sont choisis pour porter la jachère
Il s’est couché, le TOINE, sans un mot, tristement,
Il a traîné des mois ressassant, remâchant
Et puis un jour de juin, dans le soleil levant,
Il s’est dressé, le TOINE, comme un jeune fervent
Il a sorti sa faux enchaplée* de longtemps
Et puis s’est avancé, clopinant, clopinant,
Est entré dans le champ bien subrepticement
A donné un bon coup, un autre, et un troisième
A FAUCHE UN ENDAIN D’UNE LONGUEUR SUPREME
S’est penché doucement pour caresser le foin :
Le trèfle, l’éparsé, la fenasse : LE FOIN ! !
S’est couché brusquement sur le bord de l’endain
Et a lâché son âme
POUR NE PAS VOIR DEMAIN

*enchaplée=battue *daille=faux *FASASA= indemnité de départ
*bartivelle= pipelette *couble= plusieurs paires de vaches attelées
*clochait=dressait les gerbes pour les faire sécher

A qui parlera le plus fort…

17 avril 2019

Tout là-haut chez les nonnes

N’y a pas de mal

On fait chanter les gosses…

 

……………………………………………………………………………Ce soir les bois résonnent:

……………………………………………………………………………Deux chevreuils mâles,

……………………………………………………………………………..Brame féroce.

 

Répètent des psaumes latins

Soir et matin

Pour pâques.

 

……………………………………………………………………………..Ils se défient à distance

……………………………………………………………………………..A se déchirer la panse

………………………………………………………………………………..Le trac

 

Rameaux d’olivier pour le fils

Gloria in excelsis

Sommet

 

……………………………………………………………..Deux mondes qui se défient

…………………………………………………………………………….Savoir duquel on fera fi

…………………………………………………………………………………Ah! Mais!

 

COCORICO! Chante mon coq

C’est quand même MOI

Le ROI!

 

 

 

 

 

 

radotage (déjà publié en juin 2012)

17 avril 2019

Travaux

Dès que St Barnabé

Son dos au soir avait tourné,

On commençait à épier

Les indices auxquels se fier.

Les fleurs du sureau ,

Si par bonheur il faisait beau

Donnaient le top des fenaisons :

Les dailles° sortaient des maisons    °faux

Enchaplées° de frais, bien acérées  °battues

Sitôt le coq avait chanté

C’était parti pour les couvrées°.       °équipes de faucheurs

Nous, les gamins, à l’aurore levés,

Nous emmenions les vaches en champ

Pour qu’avant l’heure des « tavants »°   °taons

De se nourrir elles aient le temps

Et il leur fallait bien longtemps !

Chut! Une minute de silence!

16 avril 2019

De plusieurs siècles, les attardés

Verront là la main de Dieu

Punition pour avoir laissé

Dans la misère tant de malheureux.

A moins que ce ne soit punition

Pour des prêtres les exactions?

Ou bien attentive à empêcher

Que comme par exemple ADP

Un jour N D ne soit aliénée

Pour quelques sous quelques guinées…

D’autres extrémistes imaginent

Que c’est Allah qui a frappé

Cette flèche qui le débine

Ce témoignage de la beauté

Dont sont capables les humains

Portés par leur foi acérée

Avec leurs bras, avec leurs mains.

Beaucoup trop de gens gesticulent…

Cessons, cessons, ces fariboles

Il suffit d’un rien pour que tout brûle

Le feu a pris, c’est « pas de bol »

 

 

 

 

Eh! Bien voilà, mon petit-fils

15 avril 2019

Eh! Bien, voilà, toi qui t’intéresses

A l’histoire, à la lecture

Tu pourras lire sans que rien ne te presse

Tous les journaux qui parurent

Le jour précis de ta naissance.

Certes, ils n’ont que dix-huit ans

Tu pourras mesurer la distance

Depuis parcourue vraiment.

Il est des hommes politiques

Complètement disparus depuis

Il est des questions fatidiques

Qui sont tombées au fond d’un puits

D’oubli.

On parlait FRANC et non euro

Il y avait cohabitation

Certains problèmes, certains maux

Etaient déjà en gestation…

radotage: déjà publié en avril 2011

14 avril 2019

Retour de caté

 

OH !que j’ai aimé

Les retours de leçons de caté

Tu roulais lentement

Je marchais près de toi

Et tu faisais semblant

D’ignorer mon émoi

Huit ans, c’était mon âge

Onze pour toi ou davantage

Ce parcours du jeudi

Minutes de paradis

Me faisait digérer

Les dix commandements

Ignorer les péchés

Oublier sacrements

Grâce à toi j’ai trouvé

Ce qu’était adorer

 

 

Tu m’as manqué tu sais

Lorsque tu es partie

Te soigner il fallait :

Ton dos avait faibli

Je n’osais demander

Quelle était ton adresse

Chez nous tout est caché

Pas la moindre faiblesse

Il y a ce qui se fait

Et ce qui ne sied pas

Les lettres, je le sais,

On ne les donnait pas

La nuit, fermant les yeux

Je cherchais ton visage

Pendant un an ou deux

J’en ai revu l’image

Et puis, à ton retour

Eternité plus tard

Les grands te faisaient cour

Et moi j’étais têtard !!

Moment de gêne

14 avril 2019

Je ne me rappelle plus

Si j’avais dix ou douze ans.

Je ne me rappelle plus

Pourquoi ni comment…

Je frappai chez la voisine

Elle me cria « entrez donc »…

Personne dans la cuisine…

Des bruits dans la pièce du fond…

Je frappe à deuxième porte,

On m’ouvre le passage en grand,

La surprise de la sorte

Au creux de l’estomac me prend…

Alignées derrière la table

Huit femmes au moins en vévée*

Souriantes toutes en diable

Parmi elles ma préférée.

Seul mâle dans ce gynécée

Je restai coi un instant,

Mais je devais saluer

Poliment

Cette assemblée.

Serrant la main à chacune

Je parcourus la travée

Sans la moindre audace aucune:

Mes genoux étaient coupés…

J’eus envie de me sauver vite:

J’étais trop impressionné…

Depuis ce jour-là j’évite

Les salutations en tournées.

 

 

*Les vévées:

Les après-midi, les voisines avaient coutume de se regrouper pour tricoter , coudre, papoter ensemble chez l’une ou l’autre. Parfois les hommes se joignaient à elles si le temps trop mauvais interdisait les travaux de réparation du matériel.
On buvait le café, ou on partageait le goûter.
On appelait cela « véver »

 

 

 

 

Le vieux B. a radoté

13 avril 2019

Du fond de sa décrépitude

Un bientôt mort a vomi

Des jugements mais d’habitude

On n’écoute pas ces inepties…

Quand racorni par le grand âge

Ce qu’on a soi-même reconnu

Mieux vaux éviter l’étalage

De ces réflexions malvenues.

Facile de rejeter sur d’autres

Ce qu’on a jalousement protégé

Il est certain très vieil apôtre

Qui  aurait mieux fait de la fermer!

Oublions ces mots sans valeur

Comme frappés de caducité

Prenons les choses à leur hauteur:

Le vieux B. a radoté

 

 

 

Benoit Benet a radoté

 

Pas à pas

12 avril 2019

Jour après jour on avance

Chaque matin est un cadeau

Surtout ne perdons pas l’espérance

Cajolons-la avec des mots.

Un pas encore et puis un autre

Le chemin est long sans doute

Mais voilà, c’est le nôtre

Ce pourrait être grande route

Qu’importe: la vie c’est beau

Cueillir la fleur qui se présente

Ouïr le gazouillis des oiseaux

Se laisser charmer par leurs chants.

Quand on émerge du sommeil

A chaque lever du soleil

A la vie

Dire merci.

 

 

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